LA VOLONTÉ D’UNITÉ HUMAINE CONTREDIT LA VOLONTÉ DE NUIRE
Comme vous le savez déjà, nous travaillons pour que les universités étudient et adoptent le Protocole de l’Unité Humaine. Aujourd’hui, je voudrais vous en présenter les fondements. Si vous le souhaitez, nous pourrons examiner ensemble les points que vous voudrez lors de la visioconférence que nous aurons lundi 16 à 21h.
L’unité humaine ne dépend pas uniquement de l’université, même si nous leur présentons actuellement cette proposition. Elle dépend de ceux qui la comprennent, car ce sont eux ses véritables enseignants. Et j’espère que ce sera votre cas.
Avant d’entrer dans le texte, je voudrais rappeler une ancienne anecdote. On raconte qu’un homme trouva un anneau qui le rendait invisible et, se sachant impuni, commença à commettre des délits. Beaucoup concluent de cette histoire que nous agirions tous de la même manière si nous ne craignions pas la punition.
Cependant, cette conclusion est hâtive. Si tous nous agissions ainsi, la vie humaine elle-même deviendrait impossible ; la possibilité de coexistence et de coopération serait détruite.
La coopération ne naît pas seulement de la peur. Elle est une exigence rationnelle de notre propre nature. Ce qui rend difficile l’accès à la coopération humaine, ce n’est pas que l’être humain soit mauvais par nature, mais qu’il soit organisé en unités opposées, violentes et injustes. Cette séparation nous pousse au dommage même lorsque nous ne le désirons pas.
Le Protocole de l’Unité Humaine part de ce constat et propose quelque chose de simple et de radical : substituer à la logique de l’arme la logique de l’unité.
L’UNITÉ HUMAINE : DÉPASSER LA LOGIQUE DE L’ARME
I. Le mal comme volonté de nuire
Le mal n’est pas un mystère métaphysique. Il est quelque chose de concret : la mauvaise volonté, c’est-à-dire la volonté de nuire.
Et puisque la volonté est volontaire, le dommage n’est pas inévitable. La paix dépend de notre décision. Elle ne consiste en rien d’autre que dans la cessation concertée du dommage. Si le dommage est volonté, la paix l’est également. Par conséquent, la paix est possible et nécessaire.
Elle n’est cependant possible aujourd’hui que parce que nous sommes tous en communication et pouvons parvenir à un accord. Notre tâche est de le proposer.
II. L’incorporation de l’être humain à l’arme
Nous naissons tous sans défense. Aucun bébé ne naît ennemi d’un autre. C’est la société qui nous façonne, nous classe, nous uniforme, nous incorpore.
Les personnes sont essentiellement égales. Ce qui varie, ce sont les uniformes, les rangs, les positions dans la hiérarchie. Le carnaval nous le rappelle encore aujourd’hui.
L’inégalité est la conséquence de notre incorporation à l’arme — arme qui, entre les humains, se transforme en armée puis en État, lequel adopte une forme hiérarchique et pyramidale, celle d’une chaîne de commandement.
III. Les deux justices
Depuis l’Antiquité, les penseurs distinguent deux formes de justice. Ils en parlent fréquemment — non seulement les cosmopolites lorsqu’ils évoquent la loi naturelle, mais aussi des auteurs aussi éloignés qu’Aristote ou Confucius.
D’une part, la justice distributive, propre à l’État, qui donne ou retire de manière inégale ou injuste, selon des critères de pouvoir et de structure.
D’autre part, la justice naturelle ou équité/égalité : celle qui naît de notre entendement naturel et qui repose sur notre capacité à nous mettre à la place de l’autre.
L’unité humaine conduit progressivement à l’application de cette seconde justice.
IV. L’arme comme cause de l’inégalité
Sans l’arme, sans violence, il serait impossible de maintenir la privation systématique de ressources — privation exercée sans relâche, même lorsque les personnes privées de ces ressources en ont besoin simplement pour ne pas mourir.
Mais ce n’est pas tout. Plus profondément encore, l’arme est la cause de l’inégalité, des droits et de la propriété privée entre les humains.
L’arme, en tant qu’instrument de dommage, n’a d’usage que contre autrui et n’admet pas d’usage réciproque ou inversé. Elle soumet ou elle détruit.
Ainsi, plusieurs armes s’unifient en une seule — une armée — et soumettent l’ensemble des ressources qu’elles peuvent contrôler, les distribuant selon la hiérarchie.
V. Le système de conditionnement
La hiérarchie entraîne le conditionnement de tous au service de l’arme : ceux d’en bas par la précarité, qui les rend facilement manipulables ;
et ceux d’en haut parce que l’arme soutient leurs privilèges ainsi que ceux de ceux qui en bénéficient ; leur moyen étant l’arme, ils la servent également.
Chaque arme, en tant qu’unité armée, tend à exploiter ou absorber toutes les ressources humaines et matérielles à son service, en les incorporant à la base de la pyramide.
La seule manière de lui faire face est de s’organiser de la même manière.
(Comme l’indiquait Rousseau, une fois constituée une société hiérarchique, les autres groupes humains se sont vus contraints de s’organiser de façon analogue pour lui résister, sous peine d’être absorbés ou réduits en esclavage — c’est-à-dire incorporés à la base de la pyramide. Dans de vastes régions d’Afrique, l’étendue du territoire et l’existence de grands espaces ouverts permettaient aux populations de s’éloigner des centres émergents de contrôle hiérarchique, ce qui rendait plus difficile la consolidation d’États centralisés. En Europe et en Asie, en revanche, l’espace fut plus rapidement occupé par des États organisés, laissant peu de possibilité de demeurer en dehors d’une structure ou d’une autre.)
Cependant, l’origine de l’arme ne réside pas dans une volonté humaine mauvaise, mais dans son existence préalable dans la nature. Les humains ont simplement dû s’y adapter. Les animaux eux-mêmes possèdent des armes — crocs, griffes — et s’organisent hiérarchiquement pour attaquer ou se défendre ; les hominidés peuvent utiliser des bâtons, et eux aussi adoptent des structures hiérarchiques.
V. La politique comme service de l’arme
La politique est la gestion de la violence et ne la remet pas en question ; elle tourne autour d’une question :
Qui faut-il conditionner par la menace de la force ou de la privation ?
Or cela revient à servir l’arme, car l’autre partie réagira à la force par la force, autant que ses moyens le lui permettront. Ainsi la tension croît, et c’est toujours l’arme qui se développe.
VI. La proposition : l’unité humaine, substituer la partialité à l’universalité
Dès le IVe siècle avant notre ère, Mozi posait la nécessité de substituer la partialité à l’universalité. De même, les cosmopolites en Occident ont défendu une idée analogue.
Si nous nous proposons l’unité humaine, la logique change radicalement.
Unis, les armées perdent leur raison d’être, car aucune armée n’a de sens sans d’autres armées contre lesquelles se défendre ou entrer en compétition. Il pourrait exister, de manière transitoire, une fonction policière de l’humanité pour protéger les personnes et leurs biens, mais non des structures militaires opposées qui n’existent que les unes par rapport aux autres.
L’unité conduit au désarmement.
Et le désarmement conduit à la réorientation des ressources vers des fins utiles et non destructrices.
La politique n’a alors plus pour objet de conditionner, mais de délibérer sur ce qui est le plus utile.
VII. L’étape décisive : la cessation universelle du mal
La difficulté n’est pas conceptuelle, mais pratique : comment passer de la partialité à l’universalité, de l’état actuel de menace mutuelle à la coexistence ?
La réponse de Mozi était juste : considérer tous les êtres humains comme faisant partie de notre communauté.
Mais il ne suffit pas de se considérer comme une communauté ; il faut prendre une mesure objective concernant ce qui nous sépare. Il s’agit de la cessation concertée et universelle du dessein de nuire ou de conditionner — autrement dit, de la cessation du service à l’arme. C’est une décision et une action objectives, susceptibles de supervision et de contrôle par les êtres humains, chacun à sa place.
La volonté de nuire et la volonté d’unité humaine sont contradictoires.
Cette cessation ne peut être mise en œuvre que par un accord universel. Tant qu’elle ne l’est pas, la bonne volonté — la volonté utile — consiste à la proposer jusqu’à ce qu’elle soit comprise universellement.
Proposer l’unité humaine ne consiste pas à contraindre qui que ce soit. C’est faire appel au bon sens et à la volonté libre. L’unité ne s’impose pas, car l’imposer serait déjà une contradiction.
VIII. Pouvoir, droit et coopération
Tout pouvoir ou droit implique deux parties : celui qui l’exerce et celui qui le reconnaît, le cède ou l’accorde.
Dans une humanité unie, le droit ne procède pas d’une structure armée qui impose et exige, mais de la reconnaissance mutuelle entre égaux.
La nécessité d’accumuler disparaît avec la fin de la compétition armée ; ce qui est recherché devient l’utilité ou le bien commun, car la fonction réelle actuelle de l’accumulation est d’assurer la sécurité, non l’utilité.
Il ne s’agit ni d’exproprier ni d’imposer quoi que ce soit — ce serait violence et provoquerait une réaction. Il s’agit d’accorder librement ce qui est le plus utile pour tous. Et puisque cela est universel, cela intéresse tous sans exception.
Personne ne perd : tous gagnent, y compris ceux qui possèdent aujourd’hui davantage, car la sécurité autrefois recherchée dans l’accumulation serait garantie par la communauté humaine dans son ensemble.
Avec le passage des générations, la logique humaine — et l’éducation orientée vers l’égalité — fera que l’accumulation cessera d’être perçue comme une nécessité et deviendra simplement un fardeau.
IX. L’unité n’est pas un sacrifice, mais un bénéfice commun
L’unité humaine n’est le sacrifice de personne.
Elle n’est pas la défaite des uns au profit des autres. Elle est le dépassement du cadre qui transforme chacun en pièce d’un affrontement perpétuel.
Elle est bénéfique pour tous : pour ceux qui accumulent aujourd’hui, pour ceux qui manquent, pour les nationaux comme pour les étrangers.
Car elle élimine la cause structurelle du dommage organisé qui absorbe notre esprit et nos ressources : les armes, qui, si elles ne sont pas utilisées, sont un gaspillage, et si elles le sont, détruisent. Et pourtant, l’humanité tout entière leur est asservie.
X. Transparence et vérité
Celui qui propose l’unité humaine n’a rien à cacher.
La logique de l’arme exige le secret, la stratégie, le calcul, la menace — si possible l’anneau qui rend invisible.
La logique de l’unité recherche la transparence et l’ouverture. C’est là sa preuve.
Il n’y a rien à cacher ni aux pauvres ni aux riches, ni aux nationaux ni aux étrangers, car la proposition ne consiste pas à substituer une domination à une autre, mais à désactiver la structure qui la produit — non pas la volonté de quelqu’un, mais la tragédie de tous