{"id":10398,"date":"2025-04-23T13:51:40","date_gmt":"2025-04-23T08:21:40","guid":{"rendered":"https:\/\/human-unity.org\/?p=10398"},"modified":"2025-04-23T14:13:14","modified_gmt":"2025-04-23T08:43:14","slug":"cervantes-prince-de-la-paix-le-quichotte-comme-reference-pour-la-proposition-de-reforme-de-lonu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/cervantes-prince-de-la-paix-le-quichotte-comme-reference-pour-la-proposition-de-reforme-de-lonu\/","title":{"rendered":"CERVANTES, PRINCE DE LA PAIX                                                  Le Quichotte comme r\u00e9f\u00e9rence pour la proposition de r\u00e9forme de l&rsquo;ONU"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans le monde entier, Don Quichotte est consid\u00e9r\u00e9 comme un chef-d&rsquo;\u0153uvre de la litt\u00e9rature universelle, en raison de ses nombreuses qualit\u00e9s et r\u00e9ussites litt\u00e9raires. Mais cela, sans en comprendre le sens. Nous verrons maintenant pourquoi, et pourquoi il est temps que ce sens soit enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La naissance du roman<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cervant\u00e8s s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e trac\u00e9e par le genre litt\u00e9raire connu sous le nom de picaresque, \u00e0 l\u2019origine de la forme litt\u00e9raire pr\u00e9dominante aujourd\u2019hui : le roman. La litt\u00e9rature picaresque est parfois consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab litt\u00e9rature du pauvre \u00bb, car ses personnages ne sont ni des princes ni en qu\u00eate de gloire, ils cherchent simplement \u00e0 survivre. Mais en r\u00e9alit\u00e9, la picaresque est une th\u00e9orie de la connaissance qui d\u00e9bute proprement avec <em>La C\u00e9lestine<\/em> (1499), dont la forme est encore dialogu\u00e9e \u2014 un hybride entre roman et th\u00e9\u00e2tre \u2014 une tentative de rechercher la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience de vie commune \u00e0 tous les humains, plut\u00f4t que dans les abstractions ou les constructions intellectuelles (id\u00e9es).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019Espagne, tr\u00e8s probablement \u00e0 cause de la coexistence jusqu\u2019au XVe si\u00e8cle des trois religions monoth\u00e9istes ou \u00ab religions du Livre \u00bb. Cela avait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 lieu \u00e0 une litt\u00e9rature particuli\u00e8rement r\u00e9aliste, comme on peut le constater en comparant <em>Le Po\u00e8me du Cid<\/em> avec d\u2019autres chansons de geste europ\u00e9ennes \u2014 comme l\u2019a soulign\u00e9 le grand philologue Men\u00e9ndez Pidal, en qualifiant ce po\u00e8me \u00e9pique de \u00ab chanson de geste psychologique \u00bb. Et ce r\u00e9alisme s\u2019intensifie et se r\u00e9fl\u00e9chit lui-m\u00eame avec l\u2019imposition officielle du christianisme dans toute l\u2019Espagne. \u00c0 <em>La C\u00e9lestine<\/em> succ\u00e8de <em>Lazarillo de Tormes<\/em> en 1554, puis <em>Guzm\u00e1n de Alfarache<\/em> en 1599. La premi\u00e8re partie de <em>Don Quichotte<\/em> est publi\u00e9e en 1604.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la picaresque expose correctement la distance et le contraste entre les id\u00e9ologies et la r\u00e9alit\u00e9 de la vie, elle assume aussi inconsciemment et paradoxalement un postulat de l\u2019id\u00e9alisme : que la cause du mal est la nature humaine, domin\u00e9e par les passions \u2014 en particulier l\u2019avidit\u00e9 et la luxure. Par cons\u00e9quent, le magnifique <em>Guzm\u00e1n de Alfarache<\/em> est terriblement pessimiste, argumente et conclut que l\u2019on ne peut rien esp\u00e9rer de cette vie, et que l\u2019on ne peut se consoler qu\u2019en pensant \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cervant\u00e8s partage le style r\u00e9aliste et la d\u00e9marche exploratrice de la picaresque, mais il en rejette les conclusions. Dans <em>Don Quichotte<\/em>, le seul po\u00e8me liminaire sign\u00e9 par le po\u00e8te ou l\u2019auteur, Cervant\u00e8s, fait r\u00e9f\u00e9rence au <em>Lazarillo<\/em> et \u00e0 <em>La C\u00e9lestine<\/em>. Les autres po\u00e8mes liminaires sont l\u2019\u0153uvre de personnages litt\u00e9raires qui s\u2019adressent avec humour \u00e0 leurs homologues dans <em>Don Quichotte<\/em>. Dans la pr\u00e9face de la seconde partie, il affirme que son roman est exemplaire, contrairement aux formes scandaleuses qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. On voit clairement qu\u2019il dialogue et s\u2019oppose \u00e0 la picaresque par l\u2019interm\u00e9diaire du roman inclus dans <em>Don Quichotte<\/em>, <em>L\u2019Incurable Curieux<\/em>, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019histoire du hidalgo, et traite du cas de deux adult\u00e8res vertueux, mais soumis \u00e0 un conditionnement irr\u00e9sistible les poussant \u00e0 c\u00e9der \u00e0 la passion amoureuse \u2014 une passion facilement contr\u00f4lable si on la pr\u00e9vient au lieu de la provoquer. J\u2019encourage le lecteur \u00e0 le lire, il en saisira le sens sans difficult\u00e9. (1)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le mal est l\u2019arme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le mal, pour Cervant\u00e8s \u2014 comme pour toute personne \u2014 est l\u2019intention ou le dessein de causer un tort ou un dommage. Le m\u00e9rite de Cervant\u00e8s est de nous r\u00e9v\u00e9ler et d\u2019expliquer comment l\u2019arme, qui porte cette intention malveillante, agit \u00e0 partir de sa puissance \u2014 et donc, depuis son existence m\u00eame, ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019\u00eatre humain, auquel il n\u2019a pas eu d\u2019autre choix que de s\u2019adapter.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre probl\u00e8me est que, ne reconnaissant pas la mauvaise intention, nous ne cherchons pas \u00e0 l\u2019\u00e9liminer. Ce n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 pas une d\u00e9cision libre, mais une fatalit\u00e9 qui s\u2019impose \u00e0 nous. Pire encore, nous utilisons les constructions id\u00e9ologiques pour nous diff\u00e9rencier en tant qu\u2019humains et justifier le mal, en for\u00e7ant les autres \u00e0 les confesser et \u00e0 y croire par le biais de la menace ou du dommage que repr\u00e9sente l\u2019arme \u2014 mani\u00e8re dont nous alignons notre propre arme contre celle des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi ceux qui croisent Don Quichotte \u2014 comme les jeunes filles de l\u2019auberge ou l\u2019aubergiste \u2014 le craignent rien qu\u2019\u00e0 la vue de ses armes, sans qu\u2019il manifeste aucune intention offensive, et ils agissent et r\u00e9pondent comme il le souhaite : ils l\u2019imitent dans son langage, ses rituels, ses folies chevaleresques, sans trop de difficult\u00e9, car les mots et les actes s\u2019adaptent \u00e0 tout ; chacun est capable de s\u2019imaginer n\u2019importe quoi. Il en va de m\u00eame pour Juan Haldudo. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il tombe sur les marchands de Tol\u00e8de, qui, \u00e9tant assez forts pour lui r\u00e9sister, se moquent de lui et finissent par le battre.<\/p>\n\n\n\n<p>Don Quichotte s\u2019arme et part dans le monde faire confesser (la beaut\u00e9 de Dulcin\u00e9e), mais ce dessein d\u2019un fou est pr\u00e9cis\u00e9ment la description de la vie r\u00e9elle, telle qu\u2019elle nous est pr\u00e9sent\u00e9e v\u00e9ridiquement dans tout le roman, avec un accent particulier dans le r\u00e9cit du captif, les allusions r\u00e9alistes aux ren\u00e9gats, ou le cas de Zora\u00efde, qui suscite la m\u00e9fiance parce qu\u2019elle n\u2019est pas encore baptis\u00e9e, etc. Ainsi, nous est expos\u00e9 le sens de toutes les constructions id\u00e9ologiques du monde, des anciennes religions \u00e0 la politique d\u00e9mocratique actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La r\u00e9ception de Don Quichotte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les contemporains de Cervant\u00e8s accueillirent <em>Don Quichotte<\/em> non seulement avec enthousiasme et all\u00e9gresse, mais ils le comprirent parfaitement, car Cervant\u00e8s ne cache nullement son intention ; il fournit m\u00eame une cl\u00e9 tr\u00e8s claire pour qu\u2019il ne subsiste aucun doute sur le sujet abord\u00e9, comme l\u2019a bien vu D\u00e1maso Alonso, grand philologue et po\u00e8te du XXe si\u00e8cle, pr\u00e9sident de l\u2019Acad\u00e9mie royale espagnole dans les ann\u00e9es 1950. D\u00e1maso Alonso a consacr\u00e9 plusieurs \u00e9tudes \u00e0 <em>Don Quichotte<\/em>, parmi lesquelles <em>El hidalgo Camilote y el hidalgo don Quijote<\/em> (2), dans laquelle il d\u00e9montre que l\u2019origine et la r\u00e9f\u00e9rence de <em>Don Quichotte<\/em> se trouvent dans l\u2019hidalgo Camilote, un personnage du <em>Second Livre de Palmer\u00edn d\u2019Olive<\/em> (1516), plus connu sous le nom de <em>Primale\u00f3n<\/em>, un livre tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 son \u00e9poque avec de nombreuses \u00e9ditions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Primale\u00f3n<\/em>, Palmer\u00edn est d\u00e9j\u00e0 empereur de Constantinople, et c\u2019est l\u00e0 que Camilote arrive avec sa laide fianc\u00e9e Maimonda. Il demande \u00e0 Palmer\u00edn de l\u2019adouber chevalier afin de pouvoir d\u00e9fendre l\u2019honneur de sa bien-aim\u00e9e et, au-del\u00e0, pour faire confesser par le biais de duels aux chevaliers de la cour qu\u2019elle est la plus belle femme du monde. Apr\u00e8s avoir tu\u00e9 plusieurs chevaliers, il est vaincu et tu\u00e9 par don Duardos. Plus encore : l\u2019\u0153uvre <em>La Tragi-com\u00e9die de don Duardos<\/em> de Gil Vicente, le plus c\u00e9l\u00e8bre dramaturge portugais de son temps (et de tous les temps), traite exclusivement de cette histoire et l\u2019exprime sur un ton comique, \u00e0 la mani\u00e8re de <em>Don Quichotte<\/em>. D\u00e1maso Alonso a m\u00eame \u00e9dit\u00e9 cette \u0153uvre en castillan. Il ne fait aucun doute que Cervant\u00e8s connaissait aussi cette pi\u00e8ce, vu son grand int\u00e9r\u00eat pour le th\u00e9\u00e2tre, et l\u2019on sait qu\u2019il a s\u00e9journ\u00e9 un certain temps \u00e0 Lisbonne. Alonso identifie sept co\u00efncidences entre Camilote et don Quichotte et conclut qu\u2019il est impossible qu\u2019il ne s\u2019agisse pas de la r\u00e9f\u00e9rence de Cervant\u00e8s, tant cela est \u00e9vident. Si ce n\u2019\u00e9tait pas le cas, il aurait d\u00fb prendre des mesures pour \u00e9viter que le lecteur n\u2019\u00e9tablisse in\u00e9vitablement ce lien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le sens de l\u2019\u0153uvre \u00e9tait clair d\u00e8s sa publication, et elle causa un immense d\u00e9plaisir au grand Lope de Vega, principal intellectuel organique de son \u00e9poque, qui d\u00e9cr\u00e9ta et mena\u00e7a : \u00ab Il n\u2019y a pas de po\u00e8te assez sot pour louer <em>Don Quichotte<\/em> \u00bb, car <em>Don Quichotte<\/em> d\u00e9masque le pouvoir, qui est la projection de l\u2019arme, et le d\u00e9pouille de tout d\u00e9guisement figuratif. C\u2019est pourquoi Lope, ou en tout cas son entourage, est tr\u00e8s probablement l\u2019auteur du <em>Don Quichotte<\/em> apocryphe. L\u2019auteur inconnu Avellaneda est sans doute un pseudonyme de Lope, surnomm\u00e9 le Ph\u00e9nix des g\u00e9nies, que G\u00f3ngora appelait parfois <em>Llana<\/em> au lieu de <em>Vega<\/em> \u2013 voyez le po\u00e8me <em>Patos del aguachirle castellana<\/em> \u2013 pour souligner sa superficialit\u00e9. Dans la pr\u00e9face de l\u2019apocryphe, on per\u00e7oit une grande ranc\u0153ur envers le premier auteur de <em>Don Quichotte<\/em>, qu\u2019il m\u00e9prise et humilie m\u00eame en \u00e9voquant son infirmit\u00e9. Il fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab synonyme volontaire \u00bb, qui est sans aucun doute Camilote. L\u2019<em>apocryphe de Don Quichotte<\/em> finit par laisser le fou don Quichotte sous les soins charitables du Nonce de Tol\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Don Quichotte<\/em> tomba ensuite dans l\u2019oubli en Espagne, et ce n\u2019est qu\u2019au XIXe si\u00e8cle qu\u2019il y fut red\u00e9couvert, pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque les pauvres Espagnols apprirent qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s estim\u00e9 dans d\u2019autres pays europ\u00e9ens (voir, pour ceux que cela int\u00e9resse, <em>Don Quichotte au pays de Faust<\/em>, de Bertrand). Mais \u00e0 ce moment-l\u00e0, son interpr\u00e9tation, lorsqu\u2019elle n\u2019est pas intentionnellement et furieusement occult\u00e9e par ceux qui l\u2019ont per\u00e7ue \u2014 et qui \u00e9taient en m\u00eame temps des leaders id\u00e9ologiques comme Lope \u2014, conduit \u00e0 des \u00e9garements, voire \u00e0 des absurdit\u00e9s, car notre monde actuel est enti\u00e8rement unidimensionnel, id\u00e9aliste ou figuratif, et l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9aliste est tomb\u00e9e dans l\u2019oubli. D\u00e1maso Alonso lui-m\u00eame affirme que ce que l\u2019on appelle le roman r\u00e9aliste du XIXe si\u00e8cle ne l\u2019est pas vraiment, car les personnages ne r\u00e9pondent pas \u00e0 leurs circonstances, mais sont cr\u00e9\u00e9s comme instruments id\u00e9ologiques de l\u2019auteur ; il qualifie ce genre de \u00ab litt\u00e9rature du particulier \u00bb. Face \u00e0 cette situation, il n\u2019est pas inutile d\u2019ajouter ici quelques lignes sur le sens d\u2019une pens\u00e9e r\u00e9aliste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00e9alisme litt\u00e9raire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e occidentale est platonicienne, fond\u00e9e sur les id\u00e9es, ou aristot\u00e9licienne, bas\u00e9e sur les syllogismes, tandis que la pens\u00e9e r\u00e9aliste repose sur l&rsquo;analogie ou la comparaison, car elle utilise notre capacit\u00e9 \u00e0 nous mettre \u00e0 la place de l&rsquo;autre et renvoie ainsi \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue. C&rsquo;est pourquoi elle donne naissance en Occident au genre du roman. En Chine, d\u00e9pourvue de l&rsquo;abstraction et des mythes des Grecs, l&rsquo;expression de la pens\u00e9e dans sa philosophie classique est r\u00e9aliste, bas\u00e9e sur la vie, sur l&rsquo;exposition de cas pr\u00e9sents ou historiques qui servent \u00e0 ce que chacun exp\u00e9rimente virtuellement la circonstance et la d\u00e9cision du protagoniste et en tire librement des cons\u00e9quences, principalement d\u00e9cider si c&rsquo;est exemplaire ou non. Le lecteur peut observer, par exemple, comment commencent les <em>Entretiens de Confucius<\/em> :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>Chapitre 1<br>1.1<\/strong><br>\u00ab Le Ma\u00eetre dit : \u00ab\u00a0N&rsquo;est-ce pas une joie d&rsquo;apprendre quelque chose et de le mettre en pratique au moment opportun ? N&rsquo;est-ce pas un plaisir d&rsquo;avoir des amis qui viennent de loin ? N&rsquo;est-ce pas le propre d&rsquo;un gentilhomme de ne pas se vexer lorsque ses m\u00e9rites sont ignor\u00e9s ?\u00a0\u00bb \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;aspect pratique de l&rsquo;apprentissage, car savoir c&rsquo;est pouvoir, on nous fait comprendre le plaisir d&rsquo;apprendre en le comparant \u00e0 la r\u00e9ception d&rsquo;un ami venant d&rsquo;un lieu lointain, que nous traitons donc avec int\u00e9r\u00eat, respect, en nous souciant de lui apr\u00e8s le long voyage, et dont nous attendons aussi qu&rsquo;il nous raconte des nouveaut\u00e9s et des coutumes \u00e9trang\u00e8res \u00e0 notre environnement, car nous voulons comparer notre situation \u00e0 la sienne, etc. De m\u00eame, en \u00e9tudiant, nous comprenons les auteurs d&rsquo;il y a des centaines d&rsquo;ann\u00e9es, gagnons ainsi en confiance en nous-m\u00eames, connaissons notre capacit\u00e9 et notre intelligence, et n&rsquo;avons plus besoin que d&rsquo;autres personnes nous jugent et nous d\u00e9clarent valables, car nous en avons la certitude par nous-m\u00eames, ce qui nous procure ma\u00eetrise, dignit\u00e9, satisfaction\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le syllogisme occidental, contrairement \u00e0 l&rsquo;analogie, est g\u00e9n\u00e9ralement id\u00e9ologique\/totalitaire ; il \u00e9tablit une pr\u00e9misse universelle et en d\u00e9duit une particuli\u00e8re : Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel. Le probl\u00e8me est que le syllogisme utilis\u00e9 dans la vie ordinaire cache souvent certaines de ses pr\u00e9misses (Aristote l&rsquo;appelle dans ces cas enthym\u00e8me), principalement l&rsquo;universelle, qui reste implicite, et c&rsquo;est ce qui est confess\u00e9. Par exemple : Manuel Herranz est espagnol, donc il est stupide (Universelle cach\u00e9e : tous les Espagnols sont stupides).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e1maso Alonso, dans son \u0153uvre <em>La novela cervantina<\/em>, d\u00e9finit le r\u00e9alisme (litt\u00e9raire) comme \u00ab la vivification que la parole conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;argument m\u00eame \u00bb et souligne que Cervantes fait un pas de plus par rapport \u00e0 tout le r\u00e9alisme ant\u00e9rieur ; \u00ab du r\u00e9alisme des \u00e2mes \u00bb, il passe au \u00ab r\u00e9alisme des choses \u00bb. Car ce qui d\u00e9termine les humains, c&rsquo;est (l&rsquo;existence de) l&rsquo;arme, et sa projection de menace. Cervantes le signale clairement dans <em>Don Quichotte<\/em> \u00e0 diff\u00e9rents passages : \u00ab c&rsquo;est la m\u00eame chose de dire armes que guerre \u00bb ou en indiquant \u00e0 plusieurs reprises que le probl\u00e8me du mal n&rsquo;est pas l&rsquo;offense (<em>agravio<\/em>), qui peut \u00eatre r\u00e9par\u00e9e ou compens\u00e9e, le probl\u00e8me est l&rsquo;affront (<em>afrenta<\/em>) \u2013 qui soutient l&rsquo;offense, la situation dans laquelle nous place (l&rsquo;existence de) l&rsquo;arme, c&rsquo;est notre contradiction et aucune autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est certain que dans la vie ordinaire, nous appliquons une forme basique de r\u00e9alisme, l&rsquo;\u00e9conomique, car il est facilement reconnaissable que toute figuration ou narration favorise celui qui la finance, mais c&rsquo;est un point de vue aveugle qui ne peut expliquer comment, en m\u00eame temps, cela conduit \u00e0 la destruction propre \u2013 mutuelle. Comme le souligne \u00e9galement Cervantes, la justice (distributive \u2013 de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9) a son origine dans l&rsquo;arme et, bien que Sancho ob\u00e9isse \u00e0 son ma\u00eetre pour le salaire, il accompagne surtout Don Quichotte dans l&rsquo;espoir de gagner une \u00eele, car les biens sont le butin ou le gain de l&rsquo;arme tant qu&rsquo;ils restent \u00e0 son service.<\/p>\n\n\n\n<p>Le totalitarisme de l&rsquo;\u00c9tat ne nie\/pas le r\u00e9alisme \u00e9conomique, de la m\u00eame mani\u00e8re que pour l&rsquo;\u00e9change de biens entre \u00c9tats (armes), une devise internationale acceptable est n\u00e9cessaire, ou une interm\u00e9diation comme celle des Juifs, historiquement, bien que leur relation en tant qu&rsquo;armes soit \u00e0 somme nulle, mais cette commodit\u00e9 est possible comme coop\u00e9ration face \u00e0 des tiers, comme autrefois les \u00c9tats-Unis et la Chine se sont alli\u00e9s \u00e9conomiquement contre l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, ce qui n&rsquo;a plus de sens aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;o\u00f9 les mouvements actuels de Trump. Ce que l&rsquo;\u00c9tat ne peut permettre, c&rsquo;est que les figurations, l&rsquo;id\u00e9ologie, soient remises en question, car ce serait le remettre en question lui-m\u00eame et nuire \u00e0 son exercice, la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le drapeau blanc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, Cervantes, contrairement \u00e0 ce que peuvent penser les intellectuels organiques comme Lope, nous laisse des options, car il nous montre que les humains sont \u00e9gaux, et donc diff\u00e9rents, ind\u00e9pendants, de l&rsquo;arme, comme le prouve le fait que nous pouvons nous en diff\u00e9rencier par le drapeau blanc. Le drapeau blanc appara\u00eet dans <em>Don Quichotte<\/em> lors de la rencontre cruciale entre le captif et Zoraida pour faciliter l&rsquo;amour entre deux personnes de confessions irr\u00e9conciliables qui, \u00e0 leur \u00e9poque, divisent et saignent le monde. Et ce tissu blanc, Don Quichotte l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au-dessus du char des drapeaux royaux (de couleurs) une fois qu&rsquo;il sort indemne de sa rencontre avec le lion.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre monde, nous rejetons ou m\u00e9prisons tous le drapeau blanc, car il arr\u00eate l&rsquo;arme, le mal \u2013 ce qui pour l&rsquo;arme signifie reddition. Mais Cervantes n&rsquo;utilise pas le drapeau blanc dans le but de se rendre, ni ce n&rsquo;est son effet dans aucun des deux cas, ce qui nous montre ainsi la diff\u00e9rence entre les humains, avec diverses options, et l&rsquo;arme, avec l&rsquo;option unique du dommage, et nous rappelle et renforce ainsi l&rsquo;espoir et la certitude que nous pouvons surmonter le mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus sain et le meilleur est que le lecteur aimable lise <em>Don Quichotte<\/em>, qu&rsquo;il essaie au moins les premiers chapitres de la premi\u00e8re sortie, qui correspondent s\u00fbrement au roman exemplaire original qui a donn\u00e9 naissance et impulsion \u00e0 cette grande aventure et \u00e0 son \u00e9norme d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur une fois que Cervantes a compris la v\u00e9rit\u00e9 et la puissance de sa th\u00e8se. Et ne m\u00e9prisez pas le Prologue, \u00e9crit s\u00fbrement \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Partie, dans lequel on per\u00e7oit la satisfaction de l&rsquo;auteur, conscient aussi du sens.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>(1) Deux romans picaresques courts mais int\u00e9ressants sont publi\u00e9s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que <em>Don Quichotte<\/em>, <em>La P\u00edcara Justina<\/em> et <em>El Guit\u00f3n Honofre<\/em>. Mais apr\u00e8s Cervantes \u2014 qui aborde en profondeur le th\u00e8me picaresque dans deux de ses <em>Nouvelles exemplaires<\/em>, <em>Rinconete y Cortadillo<\/em> et <em>Le Colloque des chiens<\/em>, en y apportant des points de vue int\u00e9ressants \u2014 le genre ne suscitera plus gu\u00e8re d&rsquo;int\u00e9r\u00eat en tant que th\u00e9orie de la connaissance. Il ne subsistera que comme un style, presque une posture, comme le montre clairement, par exemple, <em>Le Busc\u00f3n<\/em> de Quevedo ou les romans de malfaiteurs de Salas Barbadillo. Il faut toutefois mentionner une exception remarquable et assez tardive dans le genre, en 1646 : <em>Estebanillo Gonz\u00e1lez<\/em>, un homme d\u2019esprit, un picaro qui \u00e9volue entre les deux camps de la guerre de Trente Ans, m\u00e9prisant aussi bien leur violence que leurs motivations (fictions ou id\u00e9ologies), et ne s\u2019attachant qu\u2019\u00e0 ses affaires, \u00e0 ses plaisanteries et \u00e0 survivre comme il peut.<\/p>\n\n\n\n<p>(2)Alonso, D\u00e1maso (1933) : \u00ab El hidalgo Camilote y el hidalgo don Quijote \u00bb, <em>Revista de Filolog\u00eda Espa\u00f1ola<\/em>, n\u00ba 20, Madrid.<br>D\u00e1maso Alonso (1958) : <em>Du Si\u00e8cle d\u2019or \u00e0 ce si\u00e8cle des sigles<\/em>. Madrid, \u00c9ditions Gredos (deuxi\u00e8me \u00e9dition en 1968). Comprend \u00e9galement <em>Sancho-Quichotte ; Sancho-Sancho<\/em> et <em>Un \u00e9cheveau de fils<\/em>, une \u00e9tude relative au drame de Cervantes <em>Les bains d&rsquo;Alger<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>(3)Cervantes traite \u00e9galement la m\u00eame aventure du captif dans une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre : <em>Les tractations d&rsquo;Alger<\/em>, dans laquelle on montre, \u00e0 plusieurs reprises, au spectateur l\u2019\u00e9toffe blanche depuis les fen\u00eatres surplombant la sc\u00e8ne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le monde entier, Don Quichotte est consid\u00e9r\u00e9 comme un chef-d&rsquo;\u0153uvre de la litt\u00e9rature universelle, en raison de ses nombreuses qualit\u00e9s et r\u00e9ussites litt\u00e9raires. Mais cela, sans en comprendre le sens. Nous verrons maintenant pourquoi, et pourquoi il est temps que ce sens soit enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9. 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