{"id":10439,"date":"2025-06-20T22:39:22","date_gmt":"2025-06-20T17:09:22","guid":{"rendered":"https:\/\/human-unity.org\/?p=10439"},"modified":"2025-06-20T22:39:25","modified_gmt":"2025-06-20T17:09:25","slug":"le-discours-des-armes-et-des-lettres-dans-don-quichotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/le-discours-des-armes-et-des-lettres-dans-don-quichotte\/","title":{"rendered":"LE DISCOURS DES ARMES ET DES LETTRES DANS DON QUICHOTTE"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019introduction au <em>Discours sur les armes et les lettres<\/em> est l\u2019angoissante question pos\u00e9e \u00e0 Zoraida : est-elle baptis\u00e9e ou non ? Car cela d\u00e9termine non pas si elle ira au paradis, mais plut\u00f4t \u00e0 quelle arme ses enfants \u2014 si elle en a \u2014 seront vou\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Et tout comme la question du bapt\u00eame de Zoraida constitue l\u2019introduction du discours, sa suite et son \u00e9pilogue se trouvent dans le r\u00e9cit du captif. Cervant\u00e8s dispose de deux pr\u00e9c\u00e9dents th\u00e9\u00e2traux pour cette histoire du captif \u00e0 Alger : le premier, <em>Les bains d\u2019Alger<\/em>, un recueil de lieux communs consid\u00e9r\u00e9 comme une \u0153uvre cr\u00e9\u00e9e pour r\u00e9colter des fonds en faveur des captifs, en \u00e9mouvant ou influen\u00e7ant le public ; et un second, <em>Les trait\u00e9s d\u2019Alger<\/em>, une pi\u00e8ce bien plus complexe et subtile o\u00f9, lors des repr\u00e9sentations, un drap blanc est montr\u00e9 au public depuis les fen\u00eatres sur sc\u00e8ne \u2014 bien qu\u2019il ne soit jamais nomm\u00e9 par son terme militaire propre, \u00ab drapeau blanc \u00bb, terme des armes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le r\u00e9cit du captif, apr\u00e8s nous avoir pr\u00e9sent\u00e9 divers cas \u2014 tr\u00e8s marquants et tr\u00e8s r\u00e9alistes \u2014 de \u00ab mauvais \u00bb et de \u00ab bons \u00bb ren\u00e9gats, Cervant\u00e8s introduit le \u00ab drapeau blanc de la paix \u00bb au moment crucial de la rencontre et du lien entre deux \u00eatres \u2014 futurs amants \u2014 issus de camps irr\u00e9conciliables et incommunicables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le drapeau blanc, puisqu\u2019il ne peut \u00eatre celui des Lettres, devient l\u2019alternative aux Armes \u2014 la possibilit\u00e9 de leur opposition, de leur anticipation, de l\u2019arr\u00eat de la violence ; car d\u00e8s lors qu\u2019un drapeau blanc est lev\u00e9, toute violence devient ill\u00e9gitime, comme nous le dictent notre nature, notre intelligence et notre logique. Un jour, il sera le chemin vers le d\u00e9sarmement, ce qui revient \u00e0 dire : vers l\u2019unit\u00e9 humaine. En effet, l\u2019inclusivit\u00e9 \u2014 cette d\u00e9cision partag\u00e9e qu\u2019est la paix \u2014 non seulement rend toute violence ill\u00e9gitime, mais \u00e9galement toute intention de nuire, comme en t\u00e9moigne le fait que cette derni\u00e8re doive \u00eatre dissimul\u00e9e. Ainsi, finalement, les fictions par lesquelles les Lettres servent \u00e0 cacher l\u2019arme dispara\u00eetront elles aussi comme fum\u00e9e apr\u00e8s l\u2019extinction du feu.<\/p>\n\n\n\n<p>Seule une pens\u00e9e r\u00e9aliste comprend que le sens irr\u00e9ductible de l\u2019arme est la soumission ou la mort, et que le drapeau blanc ne fait que nier la violence. En revanche, dans le cadre de l\u2019id\u00e9alisme ou de la confession \u2014 qui sont tous deux cons\u00e9quences de l\u2019arme et en d\u00e9pendent \u2014 il n\u2019existe pas d\u2019autre option que l\u2019attaque et l\u2019agression, et, par cons\u00e9quent, le drapeau blanc est in\u00e9vitablement interpr\u00e9t\u00e9 comme un signe de reddition ou de soumission.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi la vision du drapeau blanc comme reddition ou soumission est contredite par son apparition dans la <em>Deuxi\u00e8me Partie<\/em>, dans le c\u00e9l\u00e8bre chapitre des Lions, le chapitre XVII, intitul\u00e9 : \u00ab O\u00f9 est d\u00e9clar\u00e9 le point ultime et extr\u00eame auquel est parvenu \u2014 et pouvait parvenir \u2014 le courage inou\u00ef de Don Quichotte, avec l\u2019aventure des lions heureusement conclue. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette aventure, tout aussi incomprise qu\u2019elle soit, reste paradoxalement l\u2019un des grands fondements de sens du livre. Un bon nombre d\u2019\u00e9rudits, suivant la voie ouverte par leur ma\u00eetre Men\u00e9ndez Pidal, prennent Don Quichotte au mot, m\u00eame s\u2019il est plus que jamais dans l\u2019illusion lorsqu\u2019il d\u00e9clare :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Que penses-tu de cela, Sancho ? dit Don Quichotte. Y a-t-il des enchantements capables de pr\u00e9valoir sur le vrai courage ? Les enchanteurs peuvent bien me priver de fortune, mais l\u2019effort et l\u2019esprit \u2014 jamais ils ne me les prendront. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Paroles creuses, r\u00e9pulsives et ignorantes du fait que son enchanteur-auteur est plus que jamais de son c\u00f4t\u00e9. Car la mise en sc\u00e8ne \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019invraisemblable force du hasard r\u00e9unissant les \u00e9l\u00e9ments et facteurs n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement souhait\u00e9, en l\u2019occurrence, l\u2019aventure des caill\u00e9s \u2014 n\u2019est ni une simple plaisanterie ni une anecdote isol\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, Don Quichotte est asperg\u00e9 de petit-lait, ce qui rend cr\u00e9dible le fait que le lion ne le d\u00e9vore pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cela sert aussi \u00e0 l\u2019auteur pour faire appara\u00eetre le tissu blanc \u2014 l\u2019objet n\u00e9cessaire \u00e0 la conclusion de l\u2019aventure d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figur\u00e9e dans le chapitre pr\u00e9c\u00e9dent comme \u00ab celle du chariot aux drapeaux \u00bb. C\u2019est la simple vue, au loin, du \u00ab chariot aux drapeaux \u00bb qui pousse Don Quichotte \u00e0 r\u00e9clamer d\u2019urgence ses armes, persuad\u00e9 que les drapeaux color\u00e9s annoncent une opportunit\u00e9 d\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Et d\u00e9j\u00e0 au chapitre XVII (relisez le titre), \u00e0 son approche, on mentionne \u00e0 nouveau le \u00ab chariot aux drapeaux \u00bb, un total de quatre fois. D\u2019abord dans un dialogue avec l\u2019homme en vert, puis dans un autre avec le conducteur du chariot, jusqu\u2019au moment o\u00f9, apr\u00e8s que le lion a ignor\u00e9 Don Quichotte et qu\u2019il demande au gardien de refermer la cage :<\/p>\n\n\n\n<p>Le gardien ob\u00e9it, et Don Quichotte, pla\u00e7ant au bout de sa lance le tissu avec lequel il s\u2019\u00e9tait essuy\u00e9 le visage des \u00e9claboussures de caill\u00e9, commen\u00e7a \u00e0 appeler ceux qui fuyaient encore et se retournaient \u00e0 chaque pas, tous group\u00e9s autour du gentilhomme. Mais lorsque Sancho aper\u00e7ut le signe du tissu blanc, il dit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Qu\u2019on me tue si mon ma\u00eetre n\u2019a pas vaincu les b\u00eates f\u00e9roces, car il nous appelle. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons dit plus haut que seul un esprit r\u00e9aliste ne voit pas dans le drapeau blanc une reddition \u2014 et voici que nous montrons qu\u2019il repr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment une victoire, comme dans le cas de Don Quichotte. Si nous interrompons unilat\u00e9ralement la violence ou la volont\u00e9 de nuire, sans accord avec l\u2019autre partie ou les autres parties, cette cessation unilat\u00e9rale \u00e9quivaut dans ses effets \u00e0 une d\u00e9faite : la perte de capacit\u00e9 comp\u00e9titive et, par cons\u00e9quent, la soumission, la d\u00e9possession de libert\u00e9 ou d\u2019autonomie, et la privation m\u00eame de la capacit\u00e9 \u00e0 proposer, \u00e0 parler.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que le drapeau blanc demande pr\u00e9cis\u00e9ment la cessation des armes pour pouvoir proposer. Il peut effectivement signifier une reddition \u2014 mais ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement toujours le cas, car il signifie sans doute la proposition, et donc il ne n\u00e9cessite pas, ni ne permet m\u00eame, d\u2019action unilat\u00e9rale pr\u00e9alable \u2014 sauf, logiquement, la proposition ou l\u2019appel \u00e0 cesser le mal ou la violence par les deux parties \u2014 ce que symbolise pr\u00e9cis\u00e9ment le fait de hisser le drapeau blanc. Et le d\u00e9mant\u00e8lement ou l\u2019\u00e9limination du mal \u2014 le d\u00e9sarmement \u2014 ne peut se faire que conjointement, universellement, tout comme Cervant\u00e8s avait d\u00e9j\u00e0 per\u00e7u que la Terre \u00e9tait enti\u00e8rement d\u00e9couverte. Car la reddition ou le d\u00e9sarmement unilat\u00e9ral ne sont pas un v\u00e9ritable d\u00e9sarmement, et nous le savons ; ils servent encore l\u2019arme, simplement une autre \u2014 sous un autre drapeau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Analyse et commentaire sur le Discours<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202f\u00c0 pr\u00e9sent, il n\u2019y a plus de raison de douter que cet art et cet exercice (des Armes) surpassent tous ceux que les hommes ont invent\u00e9s, et il doit \u00eatre tenu en plus haute estime d\u2019autant plus qu\u2019il est sujet \u00e0 davantage de dangers.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l\u2019occupation et l\u2019effort supr\u00eame de l\u2019humanit\u00e9, \u00e0 toutes \u00e9poques et en tous lieux, consistent \u00e0 servir et d\u00e9velopper l\u2019arme. \u00ab\u202fIci, nous devons encore avertir et souligner que l\u2019intention de nuire, qui est d\u00e9j\u00e0 le mal lui-m\u00eame, doit n\u00e9cessairement \u00eatre dissimul\u00e9e\u202f; nuire et pr\u00e9venir sont contradictoires\u202f(4).\u202f\u00bb C\u2019est pourquoi, quand la guerre \u00e9clate, il semble que les armes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, comme par hasard. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ce que nous appelons p\u00e9riode de paix est un cessez-le-feu ou une tr\u00eave durant laquelle l\u2019effort le plus consid\u00e9rable est fait pour se r\u00e9armer et emp\u00eacher l\u2019adversaire de le faire \u2014 tant et si bien que les guerres sont v\u00e9ritablement pr\u00e9ventives\u202f: leur but est d\u2019arr\u00eater l\u2019autre qui s\u2019arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre exemple historique \u2014 sans doute gr\u00e2ce \u00e0 la rigueur et l\u2019objectivit\u00e9 de son auteur \u2014 est la guerre du P\u00e9loponn\u00e8se, o\u00f9 Thucydide nous apprend qu\u2019il n\u2019y avait pas de conflit sp\u00e9cifique entre Ath\u00e9niens et Spartiates. Les Ath\u00e9niens, apr\u00e8s le retrait des Perses \u00e0 la suite des guerres m\u00e9diques, utilis\u00e8rent leur flotte sup\u00e9rieure pour imposer de nouveaux tributaires d\u2019Asie Mineure, acqu\u00e9rant ainsi un pouvoir qui inqui\u00e9ta les Spartiates, chefs historiques des Grecs. Les Spartiates d\u00e9clench\u00e8rent donc la guerre pour maintenir leur supr\u00e9matie, leur capacit\u00e9 de d\u00e9truire progressivement les Ath\u00e9niens \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire de saper leurs murs et contr\u00f4ler leurs armes, troupes et ressources.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 nos yeux, nous voyons la tension actuelle entre les \u00c9tats-Unis et la Chine \u2014 non pas parce que la Chine a agi contre les \u00c9tats-Unis ; bien au contraire, elle les a grandement servis ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, leur procurant d\u2019immenses b\u00e9n\u00e9fices et, plus encore, jouant un r\u00f4le cl\u00e9 dans la d\u00e9faite de l\u2019Union sovi\u00e9tique. De plus, la Chine reconna\u00eet volontiers et offre aux \u00c9tats-Unis le r\u00f4le d\u2019arbitre mondial et de garant de la mondialisation. Mais la croissance \u00e9conomique chinoise, qui implique n\u00e9cessairement son r\u00e9armement, est ce qui pr\u00e9occupe les \u00c9tats-Unis \u2014 tout comme l\u2019essor d\u2019Ath\u00e8nes pr\u00e9occupait Sparte. Et de la m\u00eame fa\u00e7on, nous pouvons comprendre la guerre actuelle en Ukraine. L\u2019Ukraine et la Russie n\u2019ont pas de grief particulier, mais plut\u00f4t la tension inh\u00e9rente \u00e0 deux armes : l\u2019Ukraine, situ\u00e9e au sud et presque ench\u00e2ss\u00e9e dans la Russie, avec des liens historiques profonds, vise \u00e0 rejoindre l\u2019OTAN, l\u2019organisation militaire am\u00e9ricaine. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs la protestation officielle de la Russie lors de ses d\u00e9marches diplomatiques pr\u00e9c\u00e9dant la guerre. Quand ses pr\u00e9occupations s\u00e9curitaires n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 entendues, elle est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019action pr\u00e9ventive avant que sa position strat\u00e9gique ne se d\u00e9t\u00e9riore gravement.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9las, les \u00c9tats-Unis font face au m\u00eame dilemme avec la Chine jour apr\u00e8s jour, bien que la pand\u00e9mie et la guerre en Ukraine aient ralenti ce processus. Mais objectivement, la situation est alarmante et bien connue de ceux qui comprennent le fonctionnement de l\u2019arme sur elle-m\u00eame, m\u00eame si cela nous \u00e9chappe souvent d\u2019un point de vue humain et id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>En raison de cette nature sp\u00e9cifique de l\u2019arme \u2014 con\u00e7ue pour nuire et donc cach\u00e9e \u2014 nous devons penser et enqu\u00eater plus avant, utiliser notre intelligence, car ce savoir ne nous est pas transmis par les m\u00e9dias. Ainsi qu\u2019il semble aujourd\u2019hui que les armes soient juste \u00ab\u202fl\u00e0\u202f\u00bb quand une guerre commence, nous savons \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019autrefois v\u00e9hicules, bateaux, avions, t\u00e9l\u00e9phone, fission nucl\u00e9aire, internet et toute invention imaginable ont toujours eu d\u2019abord un usage militaire\u202f: infliger le maximum de d\u00e9g\u00e2ts \u00e0 l\u2019adversaire. Avec le temps, ces technologies passent \u00e0 un usage civil.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous observons \u00e9galement l\u2019agencement des villes \u2014 le ch\u00e2teau en hauteur et les huttes en contrebas \u2014 ou la logique strat\u00e9gique d\u2019itin\u00e9raires et d\u2019implantations, m\u00eame si cela n\u2019est pas perceptible au premier abord. Enfin, ce que nos yeux peuvent voir, c\u2019est que l\u2019arme repr\u00e9sente la plus grande et la plus permanente concentration de ressources humaines et mat\u00e9rielles, constamment en alerte et en formation, m\u00eame sans aucune perspective \u00e9vidente ou probable de confrontation \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>Et elle doit \u00eatre tenue en estime d\u2019autant plus grande que les dangers qu\u2019elle affronte sont plus nombreux, car le but des armes ou de la guerre \u2014 tuer, ce qui \u00ab\u202fest une m\u00eame chose\u202f\u00bb \u2014 entra\u00eene presque in\u00e9vitablement d\u2019\u00eatre bless\u00e9 par celui qu\u2019on veut tuer. Ainsi, c\u2019est l\u2019action la plus dangereuse qui soit, celle qui comporte le plus grand risque, ce qui nous indique que si, malgr\u00e9 tout, elle est pratiqu\u00e9e \u2014 et avec tant d\u2019ardeur \u2014 c\u2019est uniquement parce qu\u2019elle est d\u2019une importance capitale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202f\u00c0 bas ceux qui pr\u00e9tendent que les lettres l\u2019emportent sur les armes, car je leur dis \u2014 qu\u2019ils soient qui ils veulent \u2014 qu\u2019ils ne savent pas de quoi ils parlent. Car la raison qu\u2019ils avancent g\u00e9n\u00e9ralement, et sur laquelle ils s\u2019appuient le plus, est que le travail de l\u2019esprit d\u00e9passe celui du corps, et que les armes ne s\u2019exercent qu\u2019avec le corps, comme si leur usage ne n\u00e9cessitait rien de plus que de la force brute. Ou comme si, dans ce que nous appelons les armes, ceux qui les pratiquent n\u2019\u00e9taient pas engag\u00e9s dans des actes de fermet\u00e9, qui exigent une grande compr\u00e9hension pour \u00eatre accomplis. Ou comme si l\u2019esprit du guerrier responsable d\u2019une arm\u00e9e ou de la d\u00e9fense d\u2019une cit\u00e9 assi\u00e9g\u00e9e ne travaillait pas autant l\u2019esprit que le corps. Sinon, qu\u2019on demande si l\u2019on peut, avec la seule force corporelle, percevoir et d\u00e9duire l\u2019intention de l\u2019ennemi, ses desseins, stratag\u00e8mes, difficult\u00e9s, et comment pr\u00e9venir les maux redout\u00e9s\u202f; tout cela rel\u00e8ve de l\u2019intellect, dans lequel le corps n\u2019a aucune part.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui vient d\u2019abord \u00e0 l\u2019esprit, c\u2019est que ceux qui pensent que les lettres ont l\u2019avantage sur les armes sont des id\u00e9alistes \u2014 ceux qui croient que les id\u00e9es d\u00e9terminent la mati\u00e8re ou la r\u00e9alit\u00e9. Mais Cervant\u00e8s nous rappelle sans cesse que le \u00ab\u202fCiel\u202f\u00bb \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire le monde des id\u00e9es \u2014 subit la force. Toutefois, ce n\u2019est pas le propos de Don Quichotte ici\u202f: les armes ne sont pas seulement des objets, des engins ou des outils de mort \u2014 tels qu\u2019\u00e9p\u00e9e, lance, bombe \u2014 ou de d\u00e9fense \u2014 comme un bouclier, un syst\u00e8me anti-missile, des fortifications, etc. Le but de nuire et de se d\u00e9fendre constitue l\u2019op\u00e9ration la plus sp\u00e9culative de l\u2019intelligence humaine. Et c\u2019est pourquoi elle exige l\u2019\u00e9tude, le calcul, la comparaison, l\u2019hypoth\u00e8se \u2014 non seulement parce que c\u2019est l\u2019usage principal et l\u2019effort de la science, mais parce que la science vise \u00e0 obtenir la plus grande capacit\u00e9 de destruction possible, sur laquelle d\u00e9pend la domination ou la subjugation \u2014 ou la vuln\u00e9rabilit\u00e9 envers un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019arme, au-del\u00e0 d\u2019\u00eatre un amoncellement de ressources destructrices, est l\u2019art de les mettre en \u0153uvre. Et cela signifie que la cl\u00e9 de la victoire ou de la d\u00e9faite r\u00e9side dans la connaissance et la compr\u00e9hension de nos capacit\u00e9s et de celles de l\u2019ennemi, comme le d\u00e9crit Sunzi dans <em>L\u2019Art de la guerre<\/em>\u202f(5). Il en d\u00e9coule \u2014 pas que nous allons toujours gagner \u2014 mais que cette connaissance nous indique ce qui doit \u00eatre fait : entrer en combat uniquement lorsque nous sommes s\u00fbrs de la victoire, et l\u2019\u00e9viter lorsque l\u2019adversaire a l\u2019avantage. Il en d\u00e9coule aussi que nous devons rester en mouvement, en calcul, et en qu\u00eate constante d\u2019alternatives jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019opportunit\u00e9 \u00e9merge, garantissant \u00e0 chaque fois la victoire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202fPuisque, donc, les armes exigent l\u2019intellect tout autant que les lettres, consid\u00e9rons maintenant lequel des deux esprits \u2014 de l\u2019\u00e9rudit ou du guerrier \u2014 travaille davantage. Cela se saura par la fin et le but auxquels chacun tend, car l\u2019intention est d\u2019autant plus estimable qu\u2019elle vise un objectif plus noble. La fin et le but des lettres (et je ne parle pas ici des lettres divines, dont le but est de guider les \u00e2mes vers le ciel, objectif infini auquel rien d\u2019autre ne peut se comparer \u2014 je parle des lettres humaines) est de soutenir la justice distributive et de rendre \u00e0 chacun ce qui lui est d\u00fb. Une fin noble et \u00e9lev\u00e9e, digne de grand \u00e9loge, mais non autant que celle que poursuivent les armes, dont l\u2019objectif ultime est la paix \u2014 le plus grand bien que les hommes puissent d\u00e9sirer en cette vie.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, Cervant\u00e8s suit Aristote en \u00e9valuant la hi\u00e9rarchie des choses selon leur fin. Il attribue aux Lettres le r\u00f4le de garantir la justice distributive au sein de l\u2019\u00c9tat \u2014 la distribution (in\u00e9gale) des biens. Mais ces biens sont d\u2019abord d\u00e9tenus sous le contr\u00f4le exclusif et incontest\u00e9 d\u2019une arme, d\u2019une unit\u00e9 arm\u00e9e ou d\u2019un \u00c9tat \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire dans des conditions de subjugation, o\u00f9 il n\u2019y a ni guerre ni conflit, car c\u2019est l\u2019arme qui soumet, dissuade ou assure la s\u00e9curit\u00e9 suffisante pour que ces biens puissent m\u00eame exister (m\u00eame s\u2019ils sont priv\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202fEt ainsi, la premi\u00e8re bonne nouvelle jamais re\u00e7ue par le monde et par l\u2019humanit\u00e9 fut port\u00e9e par les anges la nuit devenue notre jour, quand ils chant\u00e8rent dans les cieux : \u2018Gloire \u00e0 Dieu au plus haut des cieux, et paix sur terre aux hommes de bonne volont\u00e9.\u2019 Et la salutation que le plus grand ma\u00eetre du ciel et de la terre enseigna \u00e0 ses disciples fut de dire, en entrant dans une maison : \u2018Que la paix soit sur cette maison.\u2019 Et \u00e0 maintes autres reprises il dit : \u2018Ma paix je vous donne, ma paix je vous laisse ; que la paix soit avec vous\u2019 \u2014 comme un joyau et un don remis et laiss\u00e9 par une telle main, un joyau sans lequel aucun bien ne peut exister ni au ciel ni sur terre. Cette paix est la v\u00e9ritable fin de la guerre, car dire guerre, c\u2019est dire armes.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, Cervant\u00e8s fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la religion chr\u00e9tienne, \u00e0 laquelle il doit sans aucun doute confesser et se soumettre. C\u2019est pourquoi Amado Alonso avertit : \u00ab\u202fne confondez pas ce qui est n\u00e9cessaire avec ce qui est essentiel.\u202f\u00bb Toutefois, Cervant\u00e8s n\u2019a pas besoin de cette aide \u2014 son ton est ironique. Il est particuli\u00e8rement frappant et curieux que quelqu\u2019un apporte la paix dans la maison d\u2019un autre, ce qui renvoie \u00e0 sa nature imp\u00e9rialiste et expansionniste. D\u2019autant plus quand nous trouvons l\u2019expression \u00ab\u202fpaix sur terre et dans les cieux\u202f\u00bb, sans laquelle aucun bien n\u2019est possible. Car, selon Cervant\u00e8s, le \u00ab\u202fciel\u202f\u00bb (le monde des id\u00e9es ou des id\u00e9aux) subit la force.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant la lecture contre\u2011r\u00e9formiste du <em>Quichotte<\/em> \u2014 populaire sous le r\u00e9gime franquiste \u2014 et, en g\u00e9n\u00e9ral, les interpr\u00e9tations du roman, je recommande vivement au lecteur aimable mon ouvrage <em>El realismo ejemplar del Quijote<\/em>, disponible \u00e9galement sur Academia.edu.\u202f(7)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi y a-t-il la guerre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment expliquer que les humains recourent \u00e0 la destruction mutuelle pour r\u00e9soudre leurs d\u00e9saccords, au lieu de choisir une solution moins dommageable pour les deux camps et pour tous ? La guerre serait-elle due \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9 humaine, comme on l\u2019affirme souvent, en plus de son irrationalit\u00e9 in\u00e9vitable ? Non. La guerre est parfaitement rationnelle et compr\u00e9hensible. Cervant\u00e8s nous le r\u00e9v\u00e8le de fa\u00e7on in\u00e9dite et magistrale : \u00ab\u202fDire armes, c\u2019est dire guerre\u202f\u00bb, car la signification de l\u2019arme est la soumission \u2014 la perte d\u2019autonomie, de libert\u00e9 \u2014 ou la mort. Quelque chose d\u2019aussi extr\u00eame qu\u2019il est presque impensable, car cette soumission ne peut m\u00eame pas \u00eatre un choix.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, il devient \u00e9vident que la forme de l\u2019arme chez les humains constitue la forme de base ou g\u00e9n\u00e9rique d\u2019organisation humaine : l\u2019unit\u00e9 arm\u00e9e ou l\u2019\u00c9tat. Et le but du travail humain\u2014<\/p>\n\n\n\n<p>Que la fin de la guerre soit la paix est aussi un concept emprunt\u00e9 ; c\u2019est la mani\u00e8re dont l&#8217;empire se justifie \u2014 l\u2019empire \u00e9tant le fondement de la paix et la source de la justice. Il fait la guerre pour restaurer l\u2019ordre viol\u00e9 par sa propre victime, dont le crime principal est d\u2019avoir mis en p\u00e9ril la supr\u00e9matie imp\u00e9riale en s\u2019armant ou en se d\u00e9fendant trop. Cela constitue, en effet, une violation de l\u2019ordre international \u2014 qu\u2019il soit exprim\u00e9 dans le langage des Lettres (savoir), au nom de la charit\u00e9 chr\u00e9tienne, de la d\u00e9mocratie, des droits de l\u2019homme, ou autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette logique imp\u00e9riale s\u2019aligne sur le concept aristot\u00e9licien de justice (6) d\u00e9crit dans sa <em>\u00c9thique \u00e0 Nicomaque<\/em> : le but de la justice est de restaurer un ordre pr\u00e9existant que quelqu\u2019un a endommag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Admettant alors pour vrai que l\u2019objectif de la guerre est la paix \u2014 et en cela, elle a un avantage sur les Lettres \u2014 examinons maintenant les privations endur\u00e9es par l\u2019homme de lettres et celles du soldat, pour voir lesquelles sont les plus grandes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Si nous commen\u00e7ons par l\u2019\u00e9tudiant, consid\u00e9rons sa pauvret\u00e9 sous ses diverses formes\u2026 mais si nous comparons ses \u00e9preuves \u00e0 celles du soldat, l\u2019\u00e9tudiant est nettement mieux loti, comme je vais l\u2019expliquer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Si nous commen\u00e7ons par la pauvret\u00e9 de l\u2019\u00e9tudiant, voyons si le soldat est plus riche. Et nous constaterons qu\u2019il n\u2019y a personne de plus pauvre que le soldat, pauvre jusque dans sa pauvret\u00e9 m\u00eame\u2026 Cependant, on pourrait r\u00e9torquer qu\u2019il est plus facile de r\u00e9compenser deux mille hommes de lettres que trente mille soldats, car les premiers peuvent recevoir des postes correspondant \u00e0 leur m\u00e9tier, tandis que les seconds ne peuvent \u00eatre r\u00e9compens\u00e9s que par la richesse m\u00eame du seigneur qu\u2019ils servent \u2014 et cette impossibilit\u00e9 ne fait que renforcer mon argument.&lt;&lt;<\/p>\n\n\n\n<p>Que le lecteur en prenne note \u2014 peu de choses \u00e0 ajouter. C\u2019est un discours particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux sur les Armes parce qu\u2019il est rare : la guerre y est d\u00e9peinte sans glamour, sans fantaisie, sans s\u00e9duction. Enfin, quelqu\u2019un met par \u00e9crit un r\u00e9cit r\u00e9aliste des souffrances de la guerre \u2014 r\u00e9cit qui ne sert certainement pas \u00e0 encourager l\u2019enr\u00f4lement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Don Quichotte<\/em>, il y a deux Discours sur les Armes et les Lettres : celui-ci, et un autre dans la Deuxi\u00e8me Partie, o\u00f9 nos h\u00e9ros rencontrent un jeune homme en route pour la guerre. Don Quichotte lui dit que les soldats sont livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, tout comme les esclaves affranchis ne le sont qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 ils sont inutiles, et qu\u2019ils finissent par mourir seuls. Les deux discours pourraient bien s\u2019inscrire dans la critique plus large de l\u2019Id\u00e9alisme qui traverse l\u2019\u0153uvre de Cervant\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas \u00e9tonnant que Cervant\u00e8s se soit fait de nombreux ennemis \u2014 surtout parmi les Espagnols \u2014 car il insiste, en d\u00e9tail, que si la folie pousse Don Quichotte \u00e0 la vocation militaire, dans la vie r\u00e9elle c\u2019est la n\u00e9cessit\u00e9 qui pousse les hommes \u00e0 s\u2019enr\u00f4ler. Cela est \u00e9nonc\u00e9 textuellement dans l\u2019histoire du jeune homme de la Deuxi\u00e8me Partie, qui chante son r\u00e9cit. Il en va de m\u00eame pour l\u2019\u00e9tudiant \u2014 repr\u00e9sentant des Lettres \u2014 \u00e9galement contraint de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats d\u2019autrui, int\u00e9r\u00eats probablement oppos\u00e9s aux siens. Les deux professions sont engendr\u00e9es par la n\u00e9cessit\u00e9, n\u00e9e de la privation \u2014 privation orchestr\u00e9e par la soi-disant \u00ab justice distributive \u00bb, elle-m\u00eame cons\u00e9quence de l\u2019existence de l\u2019arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les armes ne sont pas seulement la cause n\u00e9cessaire de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u2014 fournissant la violence n\u00e9cessaire \u00e0 sa conservation \u2014 mais aussi la cause suffisante pour que rien ne puisse \u00eatre d\u00e9tenu en commun. Les armes ne peuvent pas \u00eatre partag\u00e9es, et tout le reste doit servir une arme ou une autre. Telle est la v\u00e9ritable base de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u2014 et non un d\u00e9sir, une tendance ou une aspiration humaine quelconque, comme on le suppose souvent na\u00efvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais laissons cela de c\u00f4t\u00e9, c\u2019est un labyrinthe difficile \u00e0 \u00e9viter, et revenons au d\u00e9bat sur la pr\u00e9\u00e9minence des armes face aux lettres, sujet toujours non r\u00e9solu, au vu des arguments des deux parties. Parmi ceux que j\u2019ai mentionn\u00e9s, les Lettres affirment que sans elles les Armes ne pourraient subsister, car la guerre a ses lois et doit s\u2019y conformer \u2014 et les lois rel\u00e8vent du domaine des Lettres et des savants. Les Armes r\u00e9pondent que sans elles les lois ne peuvent \u00eatre soutenues, car avec les armes on d\u00e9fend les r\u00e9publiques, on pr\u00e9serve les royaumes, on prot\u00e8ge les cit\u00e9s, on s\u00e9curise les routes, on d\u00e9barrasse les mers des pirates \u2014 et, enfin, sans armes, r\u00e9publiques, royaumes, monarchies, cit\u00e9s, routes terrestres ou maritimes sombreraient dans le chaos et la brutalit\u00e9 que la guerre engendre lorsqu\u2019elle op\u00e8re librement selon ses propres privil\u00e8ges et forces.&lt;&lt;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019identification des armes avec la guerre devient plus aigu\u00eb lorsque l\u2019on r\u00e9alise que la doctrine que Cervant\u00e8s pr\u00e9sente dans la suite de ce Discours s\u2019articule essentiellement autour du si vis pacem, para bellum : si tu veux la paix, pr\u00e9pare la guerre. Autrement dit : arme-toi. Et si tu veux la guerre ? Arme-toi encore davantage. Dans les deux cas, planifie, conspire, calcule, recherche \u2014 d\u00e9couvre comment infliger le maximum de d\u00e9g\u00e2ts \u2014 car tel est le but des armes et de leur \u00ab am\u00e9lioration \u00bb continuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cervant\u00e8s explique maintenant que c\u2019est ainsi que la \u00ab\u202fviolence l\u00e9gitime\u202f\u00bb (la n\u00f4tre, bien s\u00fbr) peut se d\u00e9fendre contre la \u00ab\u202fviolence ill\u00e9gitime\u202f\u00bb \u2014 bandits, pirates, etc. Mais selon la m\u00eame logique, si les pirates sont soutenus par le Grand Turc et prennent des villes en Afrique du Nord en son nom, ou si les corsaires anglais sont soutenus par la couronne anglaise, ou si les \u00ab\u202fterroristes\u202f\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui de l\u2019\u00c9tat islamique ou d\u2019Al-Qa\u00efda sont soutenus par quelque \u00c9tat \u2014 eux aussi poss\u00e8dent une forme de \u00ab\u202fviolence l\u00e9gitime\u202f\u00bb de leur point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, nous sommes toutes et tous des organisations arm\u00e9es \u2014 les n\u00f4tres qualifi\u00e9es de \u00ab\u202fl\u00e9gitimes\u202f\u00bb ou du moins \u00ab\u202fbonnes\u202f\u00bb, les autres de \u00ab\u202fmauvaises\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est donc pas surprenant que les guerres soient si cruelles et g\u00e9n\u00e8rent une haine si brutale \u2014 comme nous en sommes t\u00e9moins chaque jour \u2014 car ce n\u2019est qu\u2019en temps de guerre que les deux camps sont libres. La paix, comme les deux parties le savent et le pressentent, n\u2019est que la nouvelle oppression n\u00e9cessaire d\u2019un sur l\u2019autre. Et le camp qui perd deviendra \u00ab\u202fill\u00e9gitime\u202f\u00bb et sera d\u00e9sarm\u00e9, m\u00eame si les armes continueront d\u2019agir lorsque la guerre se termine \u2014 simplement d\u00e9sormais entre les mains d\u2019un seul camp, imposant la privation par ce que Cervant\u00e8s appelle la \u00ab\u202fjustice distributive\u202f\u00bb. L\u2019ordre de la paix, ou justice distributive, de m\u00eame que celui de l\u2019id\u00e9ologie et de l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019histoire, est le r\u00e9sultat de la guerre pr\u00e9c\u00e9dente, o\u00f9 un camp a \u00e9t\u00e9 finalement dispos\u00e9 de ses armes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la fin de la guerre est la paix, oui \u2014 mais une paix comprise comme soumission. Comme le dit Clausewitz, la guerre \u2014 ind\u00e9pendamment du conflit politique ou mat\u00e9riel sp\u00e9cifique \u2014 vise toujours un seul objectif : d\u00e9sarmer l\u2019ennemi. Car une fois d\u00e9sarm\u00e9, l\u2019ennemi est \u00e0 ta merci et se soumettra \u00e0 tes exigences sur n\u2019importe quel sujet \u2014 ou mieux encore, satisfera tes souhaits enti\u00e8rement : retraite, r\u00e9parations, compensation, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame le conflit sur le contr\u00f4le territorial est inutile, car l\u2019existence m\u00eame des armes est toujours une source de contradiction \u2014 tant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, car elle oblige les autres \u00e0 s\u2019armer, qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u2014 puisque notre association n\u00e9cessaire en tant que force arm\u00e9e organis\u00e9e implique in\u00e9galit\u00e9, sp\u00e9cifiquement hi\u00e9rarchie, justice distributive, perte de libert\u00e9, subjugation et oppression ou violence. \u00c0 ce stade, je rappelle la comparaison r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par Cervant\u00e8s entre tort et affront \u2014 o\u00f9 seul celui qui est arm\u00e9 peut causer un affront, faisant de l\u2019offense le point de d\u00e9part d\u2019une guerre (\u00e9ternelle) \u2014 et ainsi d\u00e9crivant la condition humaine \u2014 tandis que cela ne d\u00e9coule pas d\u2019un tort \u2014 puisque celui qui offense sans arme, le tort peut \u00eatre r\u00e9solu par compensation, consensus, arbitrage, etc., et donc dispara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e ici est que l\u2019ennemi agit exactement de la m\u00eame mani\u00e8re \u2014 et non pour de meilleures raisons. C\u2019est une ressource principale du Discours ; en se pr\u00e9sentant comme un conflit entre Armes et Lettres, une r\u00e9alit\u00e9 commune \u00e0 tous les \u00c9tats, il permet un r\u00e9alisme qui, au lieu de glorier nos armes ou de justifier nos faits d\u2019armes, g\u00e9n\u00e9ralise l\u2019impact de l\u2019arme sur la condition humaine, rendant cette compr\u00e9hension aussi valable pour un Espagnol ou un Chr\u00e9tien que pour un Turc, un Protestant, ou un Chinois. Chacun, quel que soit son credo, se trouve dans cette condition o\u00f9 :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab\u202f\u00c0 peine l\u2019un est-il tomb\u00e9, o\u00f9 il ne se rel\u00e8vera jamais jusqu\u2019\u00e0 la fin du monde, qu\u2019un autre prend sa place\u202f; et s\u2019il tombe lui aussi dans la mer, qui l\u2019attend comme un ennemi, encore un et encore un suivent, sans m\u00eame laisser de temps pour le temps de leur mort.\u202f\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Enfin :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab\u202fB\u00e9ni soient ces \u00e2ges d\u2019or qui furent \u00e9pargn\u00e9s par la furie \u00e9pouvantable de ces instruments diaboliquement belliqueux\u2026 des si\u00e8cles pass\u00e9s.\u202f\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Seule une pens\u00e9e r\u00e9aliste, non dupe des illusions et d\u00e9ployant son plein potentiel critique, nous fait voir qu\u2019une arme est toutes les armes \u2014 et que ceux qui pr\u00f4nent uniquement la suppression des armes nucl\u00e9aires sont des imb\u00e9ciles qui ne comprennent vraiment pas ce dont ils parlent. Mais de m\u00eame, nous pouvons comprendre que proclamer toute violence ill\u00e9gitime \u2014 et donc arr\u00eater l\u2019effort de nuire, la recherche et le d\u00e9veloppement d\u2019armes d\u00e8s cet instant m\u00eame \u2014 revient essentiellement \u00e0 \u00e9liminer l\u2019Arme elle-m\u00eame, car cela signifierait que nous avons d\u00e9j\u00e0 con\u00e7u une alternative d\u00e9finitive.<\/p>\n\n\n\n<p>Cervant\u00e8s conclut le Discours en pla\u00e7ant devant nos yeux l\u2019image du d\u00e9veloppement maximal et inexorable de l\u2019Arme, nous rappelant que les armes ont toujours constitu\u00e9 la production la plus grande de l\u2019humanit\u00e9 en tous temps et lieux, tout en les d\u00e9pouillant de l\u2019id\u00e9alisation dont elles font l\u2019objet par le recours \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Car l\u2019artillerie \u2014 comme les bombardements, peut-\u00eatre nucl\u00e9aires \u2014 \u00e9limine cette possibilit\u00e9 en employant des armes de plus en plus sophistiqu\u00e9es qui tuent \u00e0 distance. Cervant\u00e8s a d\u00e9crit une r\u00e9alit\u00e9 qui n\u2019est ni en mutation ni dialectique, mais une folie dans laquelle l\u2019humanit\u00e9 est plong\u00e9e \u2014 folie qui rend la pu\u00e9rilit\u00e9 de Don Quichotte insignifiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui continuent aujourd\u2019hui de pr\u00e9senter Don Quichotte comme un h\u00e9ros devraient se voir demander de l\u2019actualiser \u00e0 notre \u00e9poque, afin que nous puissions en retrouver sa forme v\u00e9ritable et le percevoir comme Cervant\u00e8s l\u2019entendait \u2014 ce qui signifierait le voir dans la rue arm\u00e9 d\u2019une mitrailleuse, d\u2019une bandouli\u00e8re de grenades, et d\u2019autres \u00e9quipements offensifs et d\u00e9fensifs, suffisamment pour que les gens traversent la rue pour l\u2019\u00e9viter.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois que nous comprenons que toutes les personnes \u2014 quels que soient les armes auxquelles elles sont soumises \u2014 subissent la m\u00eame punition de la guerre et du service des armes, militants dans le domaine des Lettres et des Armes, la seule mani\u00e8re d\u2019\u00e9liminer l\u2019Arme, abolir la justice distributive, et permettre la justice naturelle est par l\u2019unit\u00e9 humaine. Car la prise de d\u00e9cision inclusive emp\u00eache et dissuade l\u2019intention de nuire. C\u2019est pourquoi nous appelons \u00e0 l\u2019unit\u00e9 humaine \u2014 mais non par les Lettres, plut\u00f4t en levant le drapeau blanc.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9pilogue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nier les Lettres et n\u2019offrir que le drapeau blanc comme moyen de paix contre les armes ne signifie pas exactement se taire\u202f; par cons\u00e9quent, je souhaite ajouter ici un texte r\u00e9cemment compos\u00e9 qui n\u2019appara\u00eet pas dans l\u2019article publi\u00e9 dans le livre collectif, mais qui l\u2019explique et l\u2019illustre\u202f:<\/p>\n\n\n\n<p>(L\u2019existence de) l\u2019arme n\u2019admet que la hi\u00e9rarchie, et la paix est soumission\u202f; elle nie l\u2019humanit\u00e9 et la libert\u00e9, non seulement dans l\u2019\u00c9tat mais dans le syst\u00e8me mondial. Pour cette raison, l\u2019Espagne, comme presque tous les pays, manque de souverainet\u00e9, est au service de ses sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques, les \u00e9tats les mieux arm\u00e9s, et agit \u00e0 leur service, parfois contre ses propres int\u00e9r\u00eats, manipul\u00e9e par divers m\u00e9canismes (\u00e9conomique, militaire, diffusion de l\u2019information, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais surtout, \u00e0 cause de l\u2019arme, nous nous dirigeons vers une guerre terrible et terminale entre l\u2019OTAN, au service des \u00c9tats-Unis au sommet de la hi\u00e9rarchie, et la Russie et la Chine, qui la contestent.<\/p>\n\n\n\n<p>Que avons-nous les uns avec les autres, nous avec les Russes ou les Chinois\u202f? C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 l\u2019arme nous m\u00e8ne \u2014 \u00ab\u202fce qui sert \u00e0 nuire\u202f\u00bb, comme dit M\u00f2z\u01d0, car elle op\u00e8re selon sa propre logique et nous assujettit \u00e0 elle. Mais notre salut c\u2019est l\u2019unit\u00e9 humaine, la d\u00e9cision inclusive.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, d\u00e8s lors qu\u2019avec l\u2019unit\u00e9 humaine ou la d\u00e9cision inclusive s\u2019ajoutent les Lettres, ou une caract\u00e9ristique comme un syst\u00e8me parlementaire mondial, un syst\u00e8me d\u00e9mocratique, une conf\u00e9d\u00e9ration, une religion, il devient clair que ces gens ne comprennent pas l\u2019arme, et que leur objectif d\u2019unit\u00e9 n\u2019est pas son \u00e9limination. Avec leur id\u00e9ologie, ils maintiennent l\u2019arme incarn\u00e9e, la hi\u00e9rarchie, et ne comprennent ni l\u2019humanit\u00e9 ni la dynamique ou la dialectique de \u00ab\u202fce qui sert \u00e0 nuire\u202f\u00bb chez les humains, qui ne peut passer inaper\u00e7u (pour ceux qui souffrent de sa menace et son affront), et qui est la cause de notre division et de notre conflit. Ils imposent aux autres avec qui ils veulent s\u2019unir une condition. Pourquoi, pour la paix, la coop\u00e9ration pour le bien commun et la renonciation au mal, les Chinois devraient-ils accepter la d\u00e9mocratie, ou les Musulmans le Christianisme\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi, lorsque les savants organiques \u2014 tous ceux qui servent l\u2019\u00c9tat, qui sont presque 100\u202f% \u2014 dissimulent l\u2019ancien cosmopolitisme pour ne pas contredire l\u2019\u00c9tat, ils appellent g\u00e9n\u00e9ralement sages cosmopolites les \u00ab\u202futilitaristes\u202f\u00bb ou \u00ab\u202fcons\u00e9quentialistes\u202f\u00bb (cas comme M\u00f2z\u01d0, Cic\u00e9ron, Pan\u00e9tius, etc.), puisqu\u2019ils s\u2019int\u00e9ressent au bien commun et aux objectifs pour celui-ci, et non aux id\u00e9ologies, droits ou syst\u00e8mes de pouvoir qui expriment\/cachent l\u2019arme. Ces savants ne comprennent m\u00eame pas que cet \u00ab\u202futilitarisme\u202f\u00bb est une cons\u00e9quence de leur cosmopolitisme qui repudie les Lettres dans le sens du discours de Don Quichotte.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout comme M\u00f2z\u01d0 dit que la partialit\u00e9 est la cause du mal et l\u2019universalit\u00e9 la source du bien, ce sont les cosmopolites qui ont d\u00e9velopp\u00e9 le concept de dignit\u00e9 humaine, d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les \u00eatres humains sans discrimination, puisque nous sommes tous la maison du logos, leur rejet de l\u2019esclavage, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres\u2026 Pourtant, personne ne le sait, et la vaste majorit\u00e9 l\u2019attribue au Christianisme, \u00e0 la religion, mais la religion ne \u00ab\u202frepr\u00e9sente\u202f\u00bb que cela ; son origine est le cosmopolitisme, et, au contraire, la religion, ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et non naturelle comme le logos, rend les gens d\u00e9pendants de l\u2019\u00c9glise, qui op\u00e8re aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, rechercher l\u2019unit\u00e9, vivre ensemble sans conditions, est la source de l\u2019amour, l\u2019amour universel qui nous fait comprendre que nous devons prendre soin les uns des autres, car nous avons tous besoin les uns des autres (pour le d\u00e9sarmement). C\u2019est pourquoi pour M\u00f2z\u01d0 l\u2019amour est une cons\u00e9quence de (cette disposition \u00e0) l\u2019universalit\u00e9 \u2014 et non de la volont\u00e9, qui ne peut rien contre un monde partial, o\u00f9 nous sommes forc\u00e9s \u00e0 nous nuire les uns aux autres. Et aujourd\u2019hui cette universalit\u00e9 n\u2019est pas une illusion ; c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 et un guide vers la rencontre, une v\u00e9ritable force, une connaissance sup\u00e9rieure partag\u00e9e, qui donne la joie, r\u00e9pand l\u2019amour, et est la gloire de la Terre.<\/p>\n\n\n\n<p>[1] <strong>Cervant\u00e8s, Miguel de<\/strong>, <em>La grande Sultane<\/em>. L&rsquo;histoire de Do\u00f1a Catalina de Oviedo, qui, \u00e0 la diff\u00e9rence de Zoraida, reste chr\u00e9tienne \u00e0 Constantinople. Troisi\u00e8me \u0153uvre de Cervant\u00e8s situ\u00e9e dans un pays musulman.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] <strong>CERVANT\u00c8S, Miguel de<\/strong>, <em>L\u2019Ing\u00e9nieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche<\/em>, Madrid, 1604.<\/p>\n\n\n\n<p>[3] Dans le dialogue qui suit l\u2019\u00e9pisode des lions et celui du Chevalier au Manteau Vert, Don Quichotte, comme \u00e0 son habitude lors d\u2019actes de bravoure, attribue son caract\u00e8re \u00e0 la flatterie envers les puissants. Il conclut : bravoure, certes, mais au service de la cause humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>[4] Il s\u2019agit ici de la cl\u00e9 d\u2019une signification possible r\u00e9elle de <em>La paix perp\u00e9tuelle<\/em> de Kant.<\/p>\n\n\n\n<p>[5] <strong>SUNZI<\/strong>, <em>L\u2019art de la guerre<\/em>, Madrid, Pliegos de Oriente (Trotta), 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] Aristote, comme Confucius, distingue deux types de justice : celle g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019\u00c9tat (justice distributive ou in\u00e9galitaire des droits et des biens) et la justice naturelle ou \u00e9quit\u00e9, qui ne n\u00e9cessite donc pas les Lettres comme le fait la justice de l\u2019\u00c9tat. Elle repose sur notre capacit\u00e9 \u00e0 nous mettre \u00e0 la place d\u2019autrui et \u00e0 le traiter comme nous aimerions \u00eatre trait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>[7] <strong>HERRANZ MART\u00cdN, Manuel<\/strong>, <em>Le r\u00e9alisme exemplaire du Quichotte<\/em>, EAE, 2019.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction L\u2019introduction au Discours sur les armes et les lettres est l\u2019angoissante question pos\u00e9e \u00e0 Zoraida : est-elle baptis\u00e9e ou non ? Car cela d\u00e9termine non pas si elle ira au paradis, mais plut\u00f4t \u00e0 quelle arme ses enfants \u2014 si elle en a \u2014 seront vou\u00e9s. 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