{"id":11876,"date":"2026-10-17T12:50:01","date_gmt":"2026-10-17T07:20:01","guid":{"rendered":"https:\/\/human-unity.org\/?p=11876"},"modified":"2026-10-17T13:02:46","modified_gmt":"2026-10-17T07:32:46","slug":"document-ouvert-de-lappel-a-une-conference-mondiale-de-reconciliation-de-paix-et-de-desarmement-le-30-mai-2027","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/document-ouvert-de-lappel-a-une-conference-mondiale-de-reconciliation-de-paix-et-de-desarmement-le-30-mai-2027\/","title":{"rendered":"DOCUMENT OUVERT DE L&rsquo;APPEL \u00c0 UNE CONF\u00c9RENCE MONDIALE DE R\u00c9CONCILIATION, DE PAIX ET DE D\u00c9SARMEMENT LE 30 MAI 2027"},"content":{"rendered":"\n<p>Fondements de l\u2019Appel \u00e0 une Conf\u00e9rence mondiale sur la r\u00e9conciliation, la paix et le d\u00e9sarmement \u2014 30 mai 2027.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prologue \u2014 La v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;arme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chers amis, ch\u00e8res amies,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte a pour but d&rsquo;exposer les fondements, les raisons et les cons\u00e9quences de notre Appel d&rsquo;une mani\u00e8re ouverte, plus syst\u00e9matique et plus d\u00e9taill\u00e9e que dans les documents qui l&rsquo;accompagnent, n\u00e9cessairement conditionn\u00e9s et limit\u00e9s par la fonction particuli\u00e8re que chacun d&rsquo;eux remplit.<\/p>\n\n\n\n<p>La Conf\u00e9rence a pour finalit\u00e9 pratique d&rsquo;organiser le d\u00e9sarmement qui d\u00e9coule de la r\u00e9conciliation, n\u00e9e de la compr\u00e9hension que les \u00eatres humains sont conditionn\u00e9s au mal, c&rsquo;est-\u00e0-dire au tort mutuel, par l&rsquo;existence de l&rsquo;arme. Et le d\u00e9sarmement exige que nous portions notre compr\u00e9hension commune dans le dialogue, l&rsquo;accord et l&rsquo;action conjointe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte reste ouvert \u00e0 tous ceux qui souhaitent participer \u00e0 la r\u00e9flexion. \u00c0 cette fin, il sera possible d&rsquo;ajouter des commentaires pour soulever des questions, apporter des arguments et des propositions, formuler des critiques ou ouvrir de nouvelles pistes d&rsquo;analyse sur le d\u00e9sarmement et ses cons\u00e9quences. Les contributions jug\u00e9es pertinentes pourront \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es au document.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cet Appel, nous nous adressons avant tout \u00e0 votre humanit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;Humanit\u00e9 tout enti\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la logique et au bon sens que nous partageons en tant qu&rsquo;\u00eatres humains et sur lesquels la paix doit reposer. C&rsquo;est pourquoi nous soumettons ouvertement notre proposition au jugement humain que nous poss\u00e9dons tous.<\/p>\n\n\n\n<p>La question fondamentale est la suivante :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pouvons-nous comprendre la r\u00e9alit\u00e9 humaine de telle mani\u00e8re que nous puissions cesser d&rsquo;organiser nos relations par la violence et sa menace, et commencer \u00e0 les organiser gr\u00e2ce \u00e0 notre capacit\u00e9 de nous comprendre et de d\u00e9cider ensemble ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et voici qu&rsquo;une question se pose : si la paix est b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 tous et que, pourtant, nous ne sommes pas parvenus \u00e0 l&rsquo;atteindre, serait-ce parce que nous manquons d&rsquo;intelligence ou de bon sens pour nous comprendre et que nous devons, pour cette raison, recourir \u00e0 la force ?<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, nous avons tous la capacit\u00e9 de reconna\u00eetre le tort en nous mettant \u00e0 la place de l&rsquo;autre, de comprendre ou de d\u00e9couvrir par le dialogue nos besoins en tant qu&rsquo;\u00eatres humains et, par cons\u00e9quent, de rechercher ensemble ce qui nous permet de vivre et de nous d\u00e9velopper. Pourtant, cette capacit\u00e9 est conditionn\u00e9e par une r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9alable d&rsquo;\u00ab \u00e9tat de guerre \u00bb, dont la cause est l&rsquo;arme, objet de notre recherche. Nous pouvons r\u00e9sumer cela ici par la compr\u00e9hension que l&rsquo;intention de causer du tort et le fait de la rendre publique sont g\u00e9n\u00e9ralement contradictoires, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;avertissement limite la capacit\u00e9 de causer ce tort.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette relation m\u00e9diatis\u00e9e par l&rsquo;arme, le tort caus\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre n&rsquo;est pas seulement une possibilit\u00e9 accidentelle, comme cela se produit dans le combat. L&rsquo;arme est une capacit\u00e9 de causer du tort que nous concevons, d\u00e9veloppons et organisons volontairement afin de nous prot\u00e9ger contre le tort que l&rsquo;autre pourrait nous causer et de l&#8217;emp\u00eacher de prendre le dessus sur nous. Ainsi, notre activit\u00e9 permanente et antagoniste consiste \u00e0 d\u00e9velopper notre capacit\u00e9 de causer du tort tout en emp\u00eachant les autres de pouvoir nous en causer.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette relation ne se limite ni aux arm\u00e9es ni aux \u00c9tats. Elle est \u00e9galement pr\u00e9sente dans notre vie quotidienne, particuli\u00e8rement dans le rapport entre la possession des uns et la privation des autres. Ce que poss\u00e8de une personne est exclu de l&rsquo;usage des autres, et cette exclusion est, en dernier ressort, garantie par la force de l&rsquo;\u00c9tat. Ainsi, ce que nous accumulons pour notre s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9pend \u00e9galement d&rsquo;une capacit\u00e9 de priver les autres, qui affecte aussi leur s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet le dicton selon lequel la premi\u00e8re victime de la guerre est la v\u00e9rit\u00e9. Il se rapporte habituellement \u00e0 la propagande, \u00e0 la tromperie ou \u00e0 la dissimulation propres au combat entre peuples ou nations. Mais ce que nous proposons ici va au-del\u00e0 de la guerre en tant que destruction effective.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame lorsque nous ne combattons pas, notre activit\u00e9 reste conditionn\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de nous prot\u00e9ger au moyen de ressources et de capacit\u00e9s qui, en m\u00eame temps, peuvent rendre les autres vuln\u00e9rables. Il ne s&rsquo;agit pas uniquement de ce que font les \u00c9tats : nous aussi, nous avons besoin de pr\u00e9server ce que nous poss\u00e9dons et de nous prot\u00e9ger contre la possibilit\u00e9 de le perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces conditions, r\u00e9v\u00e9ler nos besoins, nos capacit\u00e9s ou notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 peut nous affaiblir face aux autres. C&rsquo;est pourquoi nous avons tendance \u00e0 nous dissimuler, \u00e0 nous m\u00e9fier et \u00e0 d\u00e9former la r\u00e9alit\u00e9 que nous communiquons aux autres.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Cela ne signifie pas que chaque personne ait conscience de causer du tort aux autres ni qu&rsquo;elle en ait l&rsquo;intention. Au contraire, nous consid\u00e9rons normalement notre conduite comme l\u00e9gitime et estimons agir comme nous en avons besoin et comme il nous revient de le faire, en recherchant notre s\u00e9curit\u00e9, celle de nos proches ou la protection de nos int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la mani\u00e8re dont nous comprenons notre propre conduite est une chose, et la relation objective dans laquelle elle s&rsquo;inscrit en est une autre. Si, pour conserver ce que je poss\u00e8de, je dois emp\u00eacher les autres d&rsquo;en disposer, et si cette exclusion est garantie en dernier ressort par la capacit\u00e9 de leur causer du tort, alors le tort fait partie de notre relation, m\u00eame si aucun de nous n&rsquo;a consciemment l&rsquo;intention de le causer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s&rsquo;agit donc pas d&rsquo;attribuer de la m\u00e9chancet\u00e9 aux personnes, mais de comprendre la condition dans laquelle nous nous trouvons tous. Nous pouvons avoir les meilleures intentions et pourtant participer \u00e0 une organisation qui nous oblige \u00e0 d\u00e9velopper autant que possible notre capacit\u00e9 de causer du tort, tout en cherchant \u00e0 emp\u00eacher les autres de d\u00e9velopper la leur, parce que notre s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9pend de cette in\u00e9galit\u00e9. C&rsquo;est pour cette m\u00eame raison que nous ne pouvons pas attribuer de la m\u00e9chancet\u00e9 au soldat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, bien que nous ayons historiquement accept\u00e9 cette condition comme une trag\u00e9die de l&rsquo;humanit\u00e9, cela ne doit pas nous emp\u00eacher de l&rsquo;examiner, surtout maintenant que nous pouvons le faire ensemble.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Si nous rendons explicite notre finalit\u00e9 objective de causer du tort \u00e0 l&rsquo;autre \u2014 non pas n\u00e9cessairement comme une intention consciente de lui nuire, mais comme une cons\u00e9quence de notre relation m\u00e9diatis\u00e9e par l&rsquo;arme \u2014, la relation elle-m\u00eame commence \u00e0 changer. Et cela, non pas tant par la honte de d\u00e9couvrir que nous recherchons et causons du mal aux autres, mais parce que nous reconnaissons l&rsquo;absurdit\u00e9 d&rsquo;une condition qui nous porte pr\u00e9judice \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette compr\u00e9hension, avant m\u00eame de parvenir \u00e0 un accord public et commun de d\u00e9sarmement, a des cons\u00e9quences qui vont bien au-del\u00e0 du simple fait de cesser de tuer et de d\u00e9truire ou de modifier notre organisation. Elle exige que nous commencions \u00e0 cesser de nous harceler mutuellement et \u00e0 nous ouvrir aux autres, en recherchant leur compr\u00e9hension de ce qui nous arrive afin de pouvoir coop\u00e9rer au d\u00e9sarmement. <strong>Pour cela, la v\u00e9rit\u00e9 devient n\u00e9cessaire.<\/strong> Et elle l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pour cet Appel m\u00eame \u00e0 l&rsquo;Humanit\u00e9, puisque tant la proposition de d\u00e9sarmement que la mani\u00e8re dont nous nous appelons mutuellement \u00e0 y prendre part seraient contradictoires avec l&rsquo;intention de causer du tort et avec la tromperie.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre compr\u00e9hension commence donc lorsque nous reconnaissons pourquoi, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, nous avons eu besoin de dissimuler nos intentions, nos capacit\u00e9s et notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 ; pourquoi nous nous m\u00e9fions de ce que les autres veulent et expriment ; et pourquoi nous cherchons \u00e0 maintenir hors de leur port\u00e9e tout ce qu&rsquo;ils pourraient utiliser contre nous.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arme tire son nom de l&rsquo;objet physique con\u00e7u pour causer du tort. Mais sa r\u00e9alit\u00e9 ne se limite pas \u00e0 cet objet : elle comprend \u00e9galement l&rsquo;organisation humaine qui le produit, le d\u00e9veloppe et le maintient comme capacit\u00e9 de causer du tort. Cette organisation se manifeste dans les unit\u00e9s arm\u00e9es et dans le syst\u00e8me hi\u00e9rarchique d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 auquel nous sommes tous int\u00e9gr\u00e9s, o\u00f9 notre s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9pend de notre position par rapport aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Comprendre cette condition nous permet de laisser derri\u00e8re nous l&rsquo;Histoire con\u00e7ue comme une dialectique in\u00e9vitable de confrontation. Si l&rsquo;arme nous aide \u00e0 expliquer notre r\u00e9alit\u00e9 historique, le d\u00e9sarmement nous offre un point de rencontre et de r\u00e9conciliation : la possibilit\u00e9 que ce qui nous affecte puisse \u00eatre connu, consid\u00e9r\u00e9 et jug\u00e9 ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas une doctrine que certains \u00eatres humains imposent \u00e0 d&rsquo;autres ; c&rsquo;est plut\u00f4t la r\u00e9alit\u00e9 qui se d\u00e9voile \u00e0 nous et nous devient commune. C&rsquo;est \u00e0 cela que nous souhaitons contribuer par ce document. Et c&rsquo;est pourquoi nous parlons de r\u00e9conciliation : elle ne signifie pas simplement cesser de combattre, mais commencer \u00e0 nous rencontrer dans une relation o\u00f9 l&rsquo;autre n&rsquo;appara\u00eet plus comme une menace que nous devons soumettre ou contre laquelle nous devons nous prot\u00e9ger, mais comme quelqu&rsquo;un dont nous avons besoin pour nous lib\u00e9rer de notre subordination \u00e0 l&rsquo;arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous rencontrons alors l&rsquo;autre comme nous nous rencontrons nous-m\u00eames et comprenons que notre interd\u00e9pendance n&rsquo;est pas une id\u00e9e abstraite, mais une r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire et urgent d&rsquo;affronter. Nous avons besoin les uns des autres pour nous d\u00e9sarmer, non pour d\u00e9sarmer l&rsquo;autre et le soumettre \u00e0 notre volont\u00e9, mais pour cesser nous-m\u00eames de servir l&rsquo;arme.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9conciliation commence par un accord \u00e9l\u00e9mentaire : reconna\u00eetre ensemble que l&rsquo;intention de causer du tort \u00e0 l&rsquo;autre \u2014 le mal proprement dit \u2014 est quelque chose qu&rsquo;aucun de nous ne souhaite et que, par cons\u00e9quent, nous voulons d\u00e9passer. Nous soutenons que l&rsquo;arme est la forme organis\u00e9e de cette intention de causer du tort. C&rsquo;est pourquoi le d\u00e9sarmement, qui constitue la finalit\u00e9 pratique de notre Appel, n&rsquo;est pas une question s\u00e9par\u00e9e de la paix et de la r\u00e9conciliation, mais leur condition et leur manifestation mat\u00e9rielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce Document ouvert entend expliquer cette compr\u00e9hension et la soumettre au jugement humain. Il ne cherche pas \u00e0 clore la question, mais \u00e0 l&rsquo;ouvrir autant que possible, car nous estimons qu&rsquo;elle commence \u00e0 se r\u00e9soudre par la r\u00e9flexion elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I. La possibilit\u00e9 actuelle d&rsquo;une compr\u00e9hension universelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;humanit\u00e9 dispose aujourd&rsquo;hui de moyens de communication capables de faire parvenir une m\u00eame question \u00e0 des personnes situ\u00e9es dans des lieux tr\u00e8s diff\u00e9rents, pratiquement au m\u00eame moment. Pour la premi\u00e8re fois, nous pouvons adresser une question commune \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re et permettre \u00e0 ceux qui sont concern\u00e9s de la conna\u00eetre, de la comprendre, d&rsquo;en discuter et d&rsquo;y r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la possibilit\u00e9 technique de communiquer ne suffit pas. Si l&rsquo;absence de communication simultan\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 le seul obstacle \u00e0 la paix, nous vivrions d\u00e9j\u00e0 en paix, puisqu&rsquo;\u00e9viter la destruction mutuelle est \u00e9videmment dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous. Les Nations Unies disposent des moyens de relier les peuples et de transmettre des informations \u00e0 tous, mais nous ne pouvons pas dire qu&rsquo;elles soient parvenues \u00e0 nous lib\u00e9rer de la guerre, comme elles se le proposaient depuis leur fondation.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, cette m\u00eame possibilit\u00e9 de communication universelle nous permet aujourd&rsquo;hui de soulever une question qui, auparavant, ne pouvait pas \u00eatre soumise conjointement au jugement de l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re : le d\u00e9sarmement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me est que nous avons port\u00e9 notre attention sur la guerre plut\u00f4t que sur l&rsquo;arme. La guerre est l&rsquo;une des cons\u00e9quences de l&rsquo;arme, qui introduit dans nos relations l&rsquo;intention de causer du tort.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque notre s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 \u00e0 causer du tort \u00e0 l&rsquo;autre et \u00e0 l&#8217;emp\u00eacher de nous en causer, nous cherchons \u00e0 d\u00e9velopper une capacit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la sienne. Celui qui atteint cette sup\u00e9riorit\u00e9 peut imposer sa volont\u00e9 et soumettre l&rsquo;autre ; mais il n&rsquo;est pas pour autant lib\u00e9r\u00e9 de cette relation, car il doit conserver et accro\u00eetre sa puissance pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre soumis \u00e0 son tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Et celui qui est soumis sert la volont\u00e9 de celui qui le soumet, dont le but est d&rsquo;accro\u00eetre sa capacit\u00e9 de destruction. Ainsi, celui qui domine comme celui qui est domin\u00e9 restent conditionn\u00e9s ou soumis par l&rsquo;arme, et aucun des deux ne peut s&rsquo;en lib\u00e9rer s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre se produit lorsque la sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;une unit\u00e9 arm\u00e9e sur une autre est contest\u00e9e ou n&rsquo;est pas reconnue. Toutes deux peuvent alors recourir au combat pour imposer cette sup\u00e9riorit\u00e9, en cherchant \u00e0 d\u00e9truire ou \u00e0 d\u00e9sarmer l&rsquo;adversaire jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;une se retrouve \u00e0 la merci de l&rsquo;autre. Lorsqu&rsquo;une partie parvient \u00e0 s&rsquo;imposer et que l&rsquo;autre ne peut plus s&rsquo;y opposer, le combat cesse. Nous avons pris l&rsquo;habitude d&rsquo;appeler cette situation la paix : une situation dans laquelle le combat a cess\u00e9, mais o\u00f9 la violence demeure comme imposition d&rsquo;une volont\u00e9 sur une autre au moyen de la capacit\u00e9 de causer du tort. Pourtant, nous restons dans l&rsquo;\u00e9tat de guerre qui d\u00e9coule de l&rsquo;arme.<\/p>\n\n\n\n<p>La communication universelle de notre \u00e9poque ne nous a pas permis de sortir de ce cercle, parce que la communication elle-m\u00eame reste conditionn\u00e9e par la relation arm\u00e9e. Tant que notre attention se limitera \u00e0 \u00e9viter le combat, sans examiner la capacit\u00e9 de causer du tort qui organise nos relations, la cause qui rend possible et n\u00e9cessaire la destruction mutuelle restera intacte. C&rsquo;est pourquoi il ne suffit pas que nous puissions tous communiquer : nous devons aussi poser la bonne question.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous devons souligner ici que, dans le pass\u00e9, ceux qui se proposaient d&rsquo;adopter une position humaine \u2014 sans m\u00eame parler de se d\u00e9sarmer s\u00e9par\u00e9ment \u2014 s&rsquo;exposaient \u00e0 la capacit\u00e9 de causer du tort de ceux qui conservaient leurs armes. Le d\u00e9sarmement ne pouvait pas \u00eatre envisag\u00e9 comme une d\u00e9cision commune de tous, alors m\u00eame que les cons\u00e9quences de l&rsquo;arme affectent chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, pour la premi\u00e8re fois, nous pouvons le proposer simultan\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re, de sorte que personne n&rsquo;ait \u00e0 prendre isol\u00e9ment une d\u00e9cision qui exige la compr\u00e9hension et la coop\u00e9ration des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la question que nous proposons, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, est la suivante :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pouvons-nous cesser de fonder nos relations sur l&rsquo;imposition de certaines volont\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres par la violence, et construire notre s\u00e9curit\u00e9 et notre coop\u00e9ration gr\u00e2ce \u00e0 notre capacit\u00e9 de nous comprendre et de d\u00e9cider ensemble ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons r\u00e9pondre imm\u00e9diatement que, comme l&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 compris les anciens cosmopolites, tant orientaux qu&rsquo;occidentaux, d\u00e9cider ensemble est la forme de paix qui permet de d\u00e9passer l&rsquo;\u00e9tat de guerre dans lequel nous nous trouvons, puisque la prise de d\u00e9cision inclusive et l&rsquo;intention de causer du tort sont \u00e9videmment contradictoires. Bien plus, la prise de d\u00e9cision libre et inclusive aspire, par sa nature m\u00eame, au bien commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s&rsquo;agit donc pas d&rsquo;\u00e9tablir un gouvernement mondial ni de remplacer les syst\u00e8mes politiques existants. Il ne s&rsquo;agit pas non plus que nous pensions tous de la m\u00eame mani\u00e8re, ni qu&rsquo;une majorit\u00e9 impose sa volont\u00e9 \u00e0 une minorit\u00e9. Il s&rsquo;agit de pouvoir nous comprendre, d\u00e9cider et parvenir librement \u00e0 des accords mutuellement et universellement b\u00e9n\u00e9fiques, sans recourir \u00e0 la violence ni \u00e0 sa menace.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cela, nous devons examiner ce qui a conditionn\u00e9 nos relations jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II. L&rsquo;arme dans la nature et l&rsquo;adaptation humaine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arme n&rsquo;appara\u00eet pas initialement comme une invention humaine ni comme une institution politique. Dans la nature, il existe des moyens de causer du tort, de d\u00e9truire ou de tuer : crocs, poisons, d\u00e9charges \u00e9lectriques, griffes, cornes et autres ressources dont se servent les \u00eatres vivants. L&rsquo;\u00eatre humain est apparu dans un monde o\u00f9 d&rsquo;autres \u00eatres pouvaient lui causer du tort et o\u00f9 il a d\u00fb d\u00e9velopper ses propres moyens de se d\u00e9fendre, de tuer et de se procurer de la nourriture.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, pour les \u00eatres humains, l&rsquo;arme ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l&rsquo;objet physique. Celui-ci mat\u00e9rialise une volont\u00e9 de causer du tort, que l&rsquo;\u00eatre humain con\u00e7oit comme une fin et dont il d\u00e9veloppe la capacit\u00e9. Cette volont\u00e9 ou cette finalit\u00e9 se projette sur l&rsquo;autre comme une menace que celui-ci comprend et anticipe en mettant l&rsquo;objet ou l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;autrui en relation avec son propre corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous devons ici \u00e9tablir une distinction fondamentale entre l&rsquo;arme et tout objet susceptible de causer du tort accidentellement ou, \u00e9ventuellement, par un usage diff\u00e9rent de celui pour lequel il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u. L&rsquo;arme humaine est un objet con\u00e7u, dessin\u00e9 ou produit avec la volont\u00e9 et le but sp\u00e9cifique de causer du tort \u00e0 quelqu&rsquo;un et, de surcro\u00eet, de le faire avec la plus grande efficacit\u00e9 possible. C&rsquo;est le cas d&rsquo;une \u00e9p\u00e9e, d&rsquo;une lance ou d&rsquo;une bombe et de leurs d\u00e9veloppements techniques, tandis qu&rsquo;un couteau destin\u00e9 \u00e0 couper de la viande n&rsquo;est pas, de ce seul fait, une arme, m\u00eame s&rsquo;il \u00e9tait occasionnellement utilis\u00e9 pour causer du tort \u2014 comme cela pourrait arriver avec une pierre ou presque n&rsquo;importe quel objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons tendance \u00e0 penser que l&rsquo;arme est un moyen dont nous disposons pour l&rsquo;utiliser lorsque cela s&rsquo;av\u00e8re n\u00e9cessaire. Ainsi, nous pouvons imaginer que nos anc\u00eatres fabriquaient une lance pour chasser et que, leur proie obtenue, ils la rangeaient jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion suivante. De m\u00eame, nous consid\u00e9rons habituellement les armes dirig\u00e9es contre d&rsquo;autres \u00eatres humains comme des moyens disponibles en vue d&rsquo;une \u00e9ventuelle guerre contre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est ainsi que nous nous trompons nous-m\u00eames, car la situation entre \u00eatres humains arm\u00e9s est particuli\u00e8re. L&rsquo;arme ne peut pas simplement rester en attente d&rsquo;\u00eatre utilis\u00e9e, car c&rsquo;est de sa capacit\u00e9 que d\u00e9pend celui qui peut imposer sa volont\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. Chaque partie doit conserver et accro\u00eetre cette capacit\u00e9 autant que possible pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre soumise \u00e0 l&rsquo;autre. Ainsi, l&rsquo;arme cesse d&rsquo;\u00eatre une ressource occasionnelle et devient une exigence permanente de notre relation.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;existence de l&rsquo;arme introduit dans nos relations la volont\u00e9 de causer du tort \u2014 ce que nous reconnaissons comme le mal lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de notre relation avec les autres. Cette volont\u00e9, organis\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e en unit\u00e9s arm\u00e9es, \u00e9tablit une condition objective : la s\u00e9curit\u00e9 de chacun face aux autres devient directement li\u00e9e \u00e0 leur vuln\u00e9rabilit\u00e9. Plus notre capacit\u00e9 de leur causer du tort et de les emp\u00eacher de nous en causer est grande, plus notre s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 leur volont\u00e9 est assur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Et nous revenons ici \u00e0 la question que nous nous posions au d\u00e9but : pourquoi nous devons d&rsquo;abord comprendre ce qui nous arrive pour pouvoir vivre en paix, et quelle condition nous devons surmonter pour y parvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Seule la r\u00e9flexion sur l&rsquo;arme nous r\u00e9v\u00e8le directement cette relation. Les explications politiques, \u00e9conomiques ou id\u00e9ologiques peuvent en d\u00e9crire les diff\u00e9rentes manifestations, mais lorsqu&rsquo;elles se substituent \u00e0 l&rsquo;examen de l&rsquo;arme, elles dissimulent ou d\u00e9forment l&rsquo;opposition fondamentale entre nos volont\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, si chacun doit pouvoir soumettre la volont\u00e9 de l&rsquo;autre pour assurer la sienne, et si l&rsquo;autre doit faire exactement de m\u00eame, nos desseins se trouvent directement oppos\u00e9s. Ce que nous pourrions d\u00e9cider ensemble, pour notre b\u00e9n\u00e9fice mutuel et commun, se trouve subordonn\u00e9 \u00e0 une question pr\u00e9alable et oppos\u00e9e : qui peut imposer sa volont\u00e9 \u00e0 qui. Et puisque les deux parties poursuivent des objectifs directement oppos\u00e9s, elles ne peuvent r\u00e9soudre cette question par un dessein ou une cause commune. Par cons\u00e9quent, <strong>l&rsquo;imposition cesse alors d&rsquo;\u00eatre une possibilit\u00e9 parmi d&rsquo;autres et devient la seule option, la seule mani\u00e8re de trancher toute question, \u00e0 laquelle tout le reste se trouve subordonn\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la coop\u00e9ration humaine \u2014 par ailleurs in\u00e9luctable \u2014 se trouve elle aussi subordonn\u00e9e \u00e0 ce rapport de forces oppos\u00e9es. Il en r\u00e9sulte qu&rsquo;elle trouve son sens contre des tiers, tant dans les relations avec les autres unit\u00e9s arm\u00e9es que pour donner un sens \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi aspirer \u00e0 la paix ne peut consister uniquement \u00e0 cesser d&rsquo;utiliser les armes pour tuer ou d\u00e9truire. Tant que le mal, la capacit\u00e9 de causer du tort, restera le fondement ultime de nos d\u00e9cisions, la compr\u00e9hension et la coop\u00e9ration demeureront subordonn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;opposition \u00e9tablie par l&rsquo;arme. <strong>La paix exige non seulement le d\u00e9sarmement, au sens o\u00f9 nous cessons d&rsquo;organiser nos relations au moyen de cette capacit\u00e9 d&rsquo;imposition, mais le d\u00e9sarmement est aussi le moyen de la paix, dans la mesure o\u00f9 il fait na\u00eetre un int\u00e9r\u00eat commun et un crit\u00e8re qui en d\u00e9coule.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le mal, ce qui appara\u00eet initialement comme une capacit\u00e9 individuelle de causer du tort et de projeter le tort sur l&rsquo;autre, se transforme en une n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;action et d&rsquo;organisation universelle. C&rsquo;est ainsi que les unit\u00e9s arm\u00e9es ou \u00c9tats \u2014 le recours \u00e0 l&rsquo;arme \u2014 s&rsquo;\u00e9tendent sur toute la Terre sans laisser aucun vide, et que cette m\u00eame logique transporte la division et la confrontation humaines vers tout ce que l&rsquo;Humanit\u00e9 atteint, comme cela se produit d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;espace extra-atmosph\u00e9rique, o\u00f9 commencent \u00e0 se dessiner des projets in\u00e9luctables d&rsquo;occupation et d&rsquo;utilisation de la Lune au service d&rsquo;armes d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>III. L&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tous les \u00eatres humains partagent une m\u00eame capacit\u00e9 de raisonner et de se comprendre. Nous pouvons nous mettre \u00e0 la place de l&rsquo;autre et reconna\u00eetre la r\u00e9ciprocit\u00e9 comme fondement de la justice, exprim\u00e9e dans ce qu&rsquo;on appelle la r\u00e8gle d&rsquo;argent \u2014 \u00ab Ne fais pas \u00e0 autrui ce que tu ne voudrais pas qu&rsquo;on te fasse \u00bb \u2014 et la r\u00e8gle d&rsquo;or \u2014 \u00ab Traite les autres comme tu voudrais \u00eatre trait\u00e9 \u00bb \u2014, pr\u00e9sentes, sous diff\u00e9rentes formulations, dans de nombreuses cultures.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;arme introduit une relation contraire \u00e0 cette r\u00e9ciprocit\u00e9. Son but est de causer du tort \u00e0 l&rsquo;autre afin de soumettre sa volont\u00e9, tout en l&#8217;emp\u00eachant de nous faire de m\u00eame. Et la hi\u00e9rarchie organise pr\u00e9cis\u00e9ment cette in\u00e9galit\u00e9 : le sup\u00e9rieur peut imposer sa volont\u00e9 au subordonn\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 de lui causer du tort, tandis que le subordonn\u00e9 doit ob\u00e9ir et ne peut, en retour, lui imposer la sienne. Au sommet de l&rsquo;organisation se trouve une autorit\u00e9 qui concentre le pouvoir, historiquement repr\u00e9sent\u00e9e par des figures telles que le roi ou leurs \u00e9quivalents dans les diff\u00e9rentes cultures.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun individu ne peut soutenir, \u00e0 lui seul, un rapport de force face \u00e0 une capacit\u00e9 arm\u00e9e organis\u00e9e et sup\u00e9rieure. C&rsquo;est pourquoi, une fois \u00e9tablies les premi\u00e8res organisations hi\u00e9rarchiques, ceux qui restent en dehors d&rsquo;elles sont pouss\u00e9s \u00e0 rejoindre l&rsquo;une d&rsquo;entre elles pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre soumis par une autre, \u00e9ventuellement dans une position encore plus d\u00e9favorable. Ainsi, l&rsquo;organisation arm\u00e9e s&rsquo;\u00e9tend et se g\u00e9n\u00e9ralise de mani\u00e8re inexorable. Elle est donc une cons\u00e9quence logique de la relation \u00e9tablie par l&rsquo;arme, et quelque chose que nous pouvons reconna\u00eetre ou observer dans l&rsquo;histoire humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les unit\u00e9s arm\u00e9es ou \u00c9tats s&rsquo;organisent selon cette seule et m\u00eame forme de relation hi\u00e9rarchique, bien qu&rsquo;ils diff\u00e8rent par leurs formes politiques, leurs cultures et leurs id\u00e9ologies. Pourtant, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces diff\u00e9rences d&rsquo;apparence qui sont ensuite pr\u00e9sent\u00e9es comme les causes fondamentales de leurs affrontements, dissimulant la similitude de leur organisation et l&rsquo;opposition que l&rsquo;arme \u00e9tablit entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque unit\u00e9 arm\u00e9e tend in\u00e9luctablement et implacablement \u00e0 incorporer dans son organisation les ressources humaines et mat\u00e9rielles qu&rsquo;elle est en mesure de soumettre, en les ordonnant hi\u00e9rarchiquement \u00e0 son service. Elle appellera cette subordination l&rsquo;ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, contrairement \u00e0 ce que nous pensons habituellement ou pourrions supposer, la hi\u00e9rarchie ne na\u00eet pas de la n\u00e9cessit\u00e9 de se d\u00e9fendre contre d&rsquo;autres unit\u00e9s arm\u00e9es : elle r\u00e9pond au but m\u00eame de l&rsquo;arme, qui consiste \u00e0 infliger du tort \u00e0 l&rsquo;autre sans admettre que celui-ci puisse faire de m\u00eame. C&rsquo;est pourquoi la constitution d&rsquo;un seul \u00c9tat mondial, quelle que soit son id\u00e9ologie ou sa forme de gouvernement, ne r\u00e9soudrait pas en elle-m\u00eame la contradiction. Car, tant que son unit\u00e9 d\u00e9pendrait de l&rsquo;imposition arm\u00e9e, l&rsquo;opposition entre les volont\u00e9s, elle aussi m\u00e9diatis\u00e9e par l&rsquo;arme, demeurerait en son sein, et la guerre prendrait simplement la forme d&rsquo;une guerre civile.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de cette condition fondamentale, nous pouvons \u00e9galement comprendre la complexit\u00e9 et l&rsquo;instabilit\u00e9 des relations historiques entre les unit\u00e9s arm\u00e9es. Celles-ci tendent \u00e0 accro\u00eetre leur capacit\u00e9 de causer du tort, \u00e0 \u00e9tendre leur domination et \u00e0 former des alliances pour r\u00e9unir une force sup\u00e9rieure, dans une dynamique proprement physique qui tend \u00e0 polariser les forces en deux grands blocs oppos\u00e9s, au sein desquels certaines unit\u00e9s pr\u00e9dominent sur d&rsquo;autres. Mais cette subordination engendre \u00e0 son tour des r\u00e9sistances et de nouvelles oppositions internes. Ainsi, la recherche de sup\u00e9riorit\u00e9 reproduit continuellement les rapports de soumission que chaque unit\u00e9 cherche \u00e0 \u00e9viter pour elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IV. L&rsquo;arme comme moyen de nos relations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re la plus directe dont les \u00eatres humains s&rsquo;incorporent \u00e0 l&rsquo;arme et s&rsquo;organisent en unit\u00e9 arm\u00e9e est l&rsquo;arm\u00e9e, avec les ressources et l&rsquo;organisation civile qui la soutiennent : l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux cas se reproduit la m\u00eame logique de l&rsquo;arme, selon laquelle le sup\u00e9rieur peut imposer sa volont\u00e9 au subordonn\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 de lui causer du tort, tandis que le subordonn\u00e9 est soumis \u00e0 cette volont\u00e9. Dans l&rsquo;arm\u00e9e, cette subordination est assur\u00e9e directement par la force ; dans l&rsquo;organisation civile de l&rsquo;\u00c9tat, elle se manifeste \u00e9galement \u00e0 travers la r\u00e9partition in\u00e9gale des ressources et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 d&rsquo;exclure les autres de l&rsquo;usage de quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient d&rsquo;examiner cet aspect avec un certain d\u00e9tail et de chercher \u00e0 clarifier, ici et maintenant, cet \u00e9l\u00e9ment essentiel pour comprendre comment la r\u00e9alit\u00e9 ordinaire est conditionn\u00e9e par l&rsquo;arme. Il faut d&rsquo;abord d\u00e9voiler une conception fausse, mais largement r\u00e9pandue, de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;organisation arm\u00e9e, contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on suppose fr\u00e9quemment, particuli\u00e8rement en Occident, comme si la force arm\u00e9e organis\u00e9e r\u00e9sultait de la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger un groupe de propri\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;existe pas de force capable d&rsquo;imposer l&rsquo;exclusion, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ne peut pas non plus se maintenir, puisqu&rsquo;elle consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 priver les autres par la coercition. La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e a donc besoin de la protection que lui assure l&rsquo;\u00c9tat, et cette protection, comme nous l&rsquo;avons mentionn\u00e9, est habituellement pr\u00e9sent\u00e9e comme l&rsquo;une des principales justifications de son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette seule explication inverse la relation r\u00e9elle. L&rsquo;arme ne s&rsquo;organise pas pour prot\u00e9ger une propri\u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement \u00e9tablie. Au contraire, puisque la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e pr\u00e9suppose l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e, celle-ci doit lui \u00eatre ant\u00e9rieure. L&rsquo;arme doit continuellement accro\u00eetre sa capacit\u00e9 de causer du tort et, pour cela, soumettre \u00e0 son service autant de ressources humaines et mat\u00e9rielles qu&rsquo;elle peut en incorporer. L&rsquo;appropriation et le contr\u00f4le de ces ressources sont donc des cons\u00e9quences de l&rsquo;arme ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de leur incorporation dans l&rsquo;organisation arm\u00e9e. La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est l&rsquo;une des formes par lesquelles l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e organise leur utilisation et leur r\u00e9partition, de m\u00eame que la hi\u00e9rarchie, ou la soumission de la volont\u00e9 des uns \u00e0 celle des autres, est la forme sous laquelle cette incorporation et cette organisation s&rsquo;effectuent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela seul explique pourquoi la hi\u00e9rarchie et la subordination n&rsquo;apparaissent pas uniquement l\u00e0 o\u00f9 existe la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Nous les trouvons dans des soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9sentant des formes tr\u00e8s diverses de possession et de r\u00e9partition des ressources, y compris celles o\u00f9 pr\u00e9domine la propri\u00e9t\u00e9 communale. Ce qui demeure toujours, c&rsquo;est le rapport de pouvoir fond\u00e9 sur la capacit\u00e9 de causer du tort selon une hi\u00e9rarchie, tandis que les formes de propri\u00e9t\u00e9 peuvent varier.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arme n&rsquo;appara\u00eet pas comme un instrument secondaire destin\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger des formes pr\u00e9existantes d&rsquo;organisation sociale, mais comme une r\u00e9alit\u00e9 qui intervient dans leur constitution, y compris dans l&rsquo;organisation de la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est la forme de r\u00e9partition des ressources soumises au pouvoir de l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 son pouvoir de privation ou d&rsquo;usage exclusif. L&rsquo;arme reconna\u00eet \u00e0 certaines personnes un droit de propri\u00e9t\u00e9 exclusif et \u00e9tablit les conditions de son exercice, mais toujours au sein d&rsquo;une organisation subordonn\u00e9e \u00e0 ses propres besoins de d\u00e9veloppement. La logique est simple : plus les ressources \u00e0 sa disposition sont nombreuses et pr\u00e9cieuses, plus sa capacit\u00e9 de causer du tort est grande ; et plus cette capacit\u00e9 est grande, plus elle peut soumettre de ressources \u00e0 sa domination.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va ainsi de tout syst\u00e8me politique. Il peut \u00eatre tr\u00e8s b\u00e9n\u00e9fique aux personnes, et c&rsquo;est ainsi que nous l&rsquo;\u00e9valuons, mais sa condition premi\u00e8re, ind\u00e9pendamment de nos souhaits ou de nos jugements, est d&rsquo;\u00eatre suffisamment adapt\u00e9 au maintien et au d\u00e9veloppement de l&rsquo;arme, au moins assez pour pouvoir pr\u00e9server son ind\u00e9pendance. Il en va de m\u00eame de tous les autres aspects de sa politique int\u00e9rieure, y compris \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception de la propri\u00e9t\u00e9 comme d\u00e9termin\u00e9e par son service \u00e0 une arme permet \u00e9galement de comprendre pourquoi l&rsquo;\u00c9tat reconna\u00eet et prot\u00e8ge la propri\u00e9t\u00e9 de personnes qui ne sont pas ses ressortissants. Si sa fonction consistait simplement \u00e0 d\u00e9fendre les biens de certains propri\u00e9taires nationaux, la protection des propri\u00e9taires \u00e9trangers serait contradictoire. Mais ce qui est d\u00e9cisif pour l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e n&rsquo;est pas la nationalit\u00e9 du propri\u00e9taire, mais le fait que les ressources restent soumises \u00e0 son autorit\u00e9 et contribuent \u00e0 sa puissance. Il en va de m\u00eame de l&rsquo;incorporation d&rsquo;autres ressources humaines d&rsquo;origine nationale, ethnique, religieuse ou autre.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00c9tat cherche, par cons\u00e9quent, \u00e0 ce que les ressources sous sa domination atteignent la plus grande valeur possible et s&rsquo;efforce d&rsquo;attirer des capitaux capables de l&rsquo;accro\u00eetre. Et que repr\u00e9sente finalement cette valeur pour l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e ? Sa capacit\u00e9 de disposer de ressources humaines et mat\u00e9rielles susceptibles d&rsquo;\u00eatre transform\u00e9es en moyens de causer du tort, accroissant ainsi sa puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces conditions, nous cherchons \u00e0 accumuler autant de ressources que possible, non seulement pour en jouir et en tirer avantage, mais aussi, et surtout, pour nous prot\u00e9ger de la d\u00e9pendance et de la privation. Ce que nous appelons des biens acquiert ainsi un caract\u00e8re contradictoire : outre le fait de r\u00e9pondre \u00e0 nos besoins, ils constituent une capacit\u00e9 dont nous pouvons disposer face aux autres et dont les autres peuvent disposer face \u00e0 nous. Car, en recherchant notre s\u00e9curit\u00e9 par la possession exclusive de ressources, nous contribuons \u00e9galement \u00e0 en priver autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette contradiction se manifeste jusque dans notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab partager \u00bb, qui, \u00e0 proprement parler, consiste seulement \u00e0 c\u00e9der un droit de propri\u00e9t\u00e9. Ce n&rsquo;est que si nous disposons de ressources que nous pouvons aider, donner, \u00e9changer ou vendre ; tandis que, si nous en sommes d\u00e9pourvus, nous d\u00e9pendons de la volont\u00e9 des autres de nous les c\u00e9der, m\u00eame pour satisfaire nos besoins les plus \u00e9l\u00e9mentaires. Comment pouvons-nous partager librement ce dont nous consid\u00e9rons la possession n\u00e9cessaire pour nous prot\u00e9ger face aux autres ?<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, au-del\u00e0 de l&rsquo;usage que nous pouvons faire des ressources, nous les accumulons parce que leur possession constitue notre s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;en \u00eatre priv\u00e9s, avant tout pour notre d\u00e9fense, mais m\u00eame pour leur utilisation. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, ces ressources, que nous appelons des \u00ab biens \u00bb, sont aussi des \u00ab maux \u00bb, et cette caract\u00e9ristique nous pousse toujours \u00e0 accumuler plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 c\u00e9der. Car leur transfert d&rsquo;une personne \u00e0 une autre ne d\u00e9passe pas le rapport de privation \u00e9tabli par leur possession exclusive, qui nous place en contradiction avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous en venons ainsi \u00e0 identifier notre libert\u00e9 au pouvoir que nous exer\u00e7ons sur les ressources que nous poss\u00e9dons. Mais cette libert\u00e9, comme celle de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9mon dans les relations entre unit\u00e9s arm\u00e9es, est relative aux autres : plus nous poss\u00e9dons, plus nous devons conserver et d\u00e9velopper notre capacit\u00e9 face \u00e0 ceux que nous privons. Ainsi, la recherche de s\u00e9curit\u00e9 ne nous lib\u00e8re pas de cette relation, mais nous soumet \u00e0 une exigence permanente d&rsquo;accumulation, tandis que notre propri\u00e9t\u00e9 continue de d\u00e9pendre de l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e qui la prot\u00e8ge et \u00e0 l&rsquo;entretien de laquelle nous contribuons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette contradiction se manifeste \u00e9galement dans le caract\u00e8re relatif de notre richesse et de notre position sociale. Si une autre personne augmente ses ressources tandis que les n\u00f4tres restent inchang\u00e9es, nous n&rsquo;avons rien perdu de ce que nous poss\u00e9dions, mais nous avons perdu du pouvoir par rapport \u00e0 elle. Dans une relation o\u00f9 notre s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 par rapport aux autres, l&rsquo;enrichissement de l&rsquo;un constitue ainsi une nouvelle exigence d&rsquo;accumulation pour les autres. Il en va de m\u00eame dans l&rsquo;organisation hi\u00e9rarchique : l&rsquo;ascension des uns modifie la position relative des autres et leurs possibilit\u00e9s d&rsquo;atteindre une position sup\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette concurrence ne se d\u00e9veloppe pas en dehors de l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e. C&rsquo;est l&rsquo;\u00c9tat qui \u00e9tablit et garantit les conditions de propri\u00e9t\u00e9, d&rsquo;\u00e9change et de subordination dans lesquelles nous cherchons \u00e0 accro\u00eetre nos ressources et notre position. Et puisque sa propre capacit\u00e9 d&rsquo;imposition d\u00e9pend des ressources humaines et mat\u00e9rielles qu&rsquo;il peut mobiliser, ces conditions restent subordonn\u00e9es \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver et de d\u00e9velopper cette capacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, plus nous recherchons notre s\u00e9curit\u00e9 par l&rsquo;accumulation de ressources et le pouvoir sur les autres, plus nous contribuons \u00e0 d\u00e9velopper la relation arm\u00e9e contre laquelle nous cherchons \u00e0 nous prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>V. L&rsquo;arme et le droit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le droit n&rsquo;\u00e9chappe pas non plus \u00e0 la relation \u00e9tablie par l&rsquo;arme. L&rsquo;ordre juridique d&rsquo;une unit\u00e9 arm\u00e9e est subordonn\u00e9 \u00e0 la capacit\u00e9 d&rsquo;imposition qui le soutient et, par cons\u00e9quent, ne peut remettre en question son propre fondement sans affaiblir la puissance de l&rsquo;unit\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette subordination pr\u00e9sente en r\u00e9alit\u00e9 une contradiction particuli\u00e8re : l&rsquo;ordre juridique exige non seulement notre ob\u00e9issance, mais se pr\u00e9sente \u00e9galement comme l&rsquo;expression de notre accord libre et volontaire. Ainsi, une relation fond\u00e9e sur la capacit\u00e9 de nous soumettre appara\u00eet en m\u00eame temps comme une manifestation de notre libert\u00e9, alors que l&rsquo;imposition d&rsquo;une volont\u00e9 \u00e0 une autre et la libre d\u00e9termination de cette derni\u00e8re sont contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette contradiction trouve une expression caract\u00e9ristique dans l&rsquo;id\u00e9e du contrat social, par laquelle la subordination des uns \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 des autres est pr\u00e9sent\u00e9e comme le r\u00e9sultat d&rsquo;un accord libre et volontaire. L&rsquo;\u00e9lection p\u00e9riodique de ceux qui exercent le pouvoir appara\u00eet ainsi comme une confirmation de notre consentement \u00e0 l&rsquo;ordre \u00e9tabli, bien qu&rsquo;elle ne supprime pas la capacit\u00e9 d&rsquo;imposition sur laquelle celui-ci repose.<\/p>\n\n\n\n<p>La libert\u00e9 ne peut \u00eatre d\u00e9finitivement \u00e9tablie par un consentement suppos\u00e9 ou exprim\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 : elle exige la possibilit\u00e9 permanente de participer librement aux d\u00e9cisions qui affectent notre existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00eame besoin de justification se manifeste dans notre interpr\u00e9tation de l&rsquo;histoire. Chaque ordre \u00e9tabli tend \u00e0 pr\u00e9senter ses propres institutions et valeurs comme l&rsquo;aboutissement du progr\u00e8s humain, puisque l&rsquo;id\u00e9ologie qui l&rsquo;accompagne contribue \u00e0 justifier le pouvoir dont elle fait partie. Ainsi, m\u00eame notre appr\u00e9ciation du pass\u00e9 reste conditionn\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u00e9gitimer le pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VI. La possibilit\u00e9 de nous comprendre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00eatres humains peuvent reconna\u00eetre le mal dans le tort que nous ne voulons pas subir et comprendre que nous ne devons pas non plus le causer \u00e0 autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 appara\u00eet sous de multiples formes dans des cultures et des \u00e9poques diff\u00e9rentes. Son expression peut varier, mais son sens est simple : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas pour toi-m\u00eame ou, mieux encore, traite les autres comme tu voudrais \u00eatre trait\u00e9. Il repose sur notre capacit\u00e9 \u00e0 nous mettre \u00e0 la place d&rsquo;autrui et \u00e0 reconna\u00eetre en lui une condition humaine semblable \u00e0 la n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela n&rsquo;exige pas que nous ayons les m\u00eames d\u00e9sirs, opinions ou coutumes. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous sommes diff\u00e9rents que nous devons comprendre comment nos d\u00e9cisions affectent ceux avec qui nous entretenons des relations. M\u00eame lorsqu&rsquo;une relation commence dans le pr\u00e9jug\u00e9 ou l&rsquo;ignorance, le fait de communiquer et d&rsquo;examiner ensemble nos besoins peut transformer notre compr\u00e9hension et nos intentions. En comprenant l&rsquo;autre, ce que nous pouvons nous-m\u00eames comprendre et faire change \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ici qu&rsquo;appara\u00eet ce que nous appelons le <strong>sens commun humain<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne d\u00e9signons pas par l\u00e0 une opinion majoritaire ni une doctrine pr\u00e9alablement \u00e9tablie, mais notre capacit\u00e9 \u00e0 juger ensemble \u00e0 partir de ce que nous partageons en tant qu&rsquo;\u00eatres humains : le besoin de vivre, de nous d\u00e9velopper, d&rsquo;entrer en relation les uns avec les autres, de coop\u00e9rer pour notre bien et d&rsquo;\u00e9viter le tort.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sens commun nous permet \u00e9galement de reconna\u00eetre la finalit\u00e9 de l&rsquo;arme. L&rsquo;arme a pour objet de disposer de la capacit\u00e9 de causer du tort afin d&rsquo;imposer une volont\u00e9. Nous pouvons comprendre cette finalit\u00e9 parce que nous connaissons le mal que nous pouvons subir lorsqu&rsquo;elle est utilis\u00e9e pour nous soumettre \u00e0 la volont\u00e9 de celui qui la d\u00e9tient et, par r\u00e9ciprocit\u00e9, nous comprenons comment nous pouvons nous en servir pour menacer les autres et leur imposer ainsi notre volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la finalit\u00e9 de causer du tort ne subordonne pas uniquement ceux qui subissent l&rsquo;imposition. Ceux qui l&rsquo;exercent et obtiennent du pouvoir sont eux aussi subordonn\u00e9s \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;efforcer de conserver et de d\u00e9velopper ce pouvoir face aux autres. M\u00eame le plus puissant ne peut cesser de d\u00e9velopper sa capacit\u00e9 de causer du tort sans s&rsquo;exposer \u00e0 perdre sa position ; cette n\u00e9cessit\u00e9 est m\u00eame plus pressante pour lui que pour les autres. Ainsi, tous les \u00eatres humains, quelle que soit notre position dans la relation arm\u00e9e, finissent par devenir des moyens au service de la finalit\u00e9 destructrice de l&rsquo;arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Reconna\u00eetre cette condition commune nous permet de comprendre que notre lib\u00e9ration ne peut pas non plus \u00eatre particuli\u00e8re. Nul ne peut se lib\u00e9rer pleinement de la relation arm\u00e9e tant que celle-ci continue d&rsquo;organiser nos relations. Et nul ne peut abandonner unilat\u00e9ralement son service \u00e0 l&rsquo;arme tant que les autres conservent la capacit\u00e9 de lui imposer leur volont\u00e9. C&rsquo;est pourquoi notre lib\u00e9ration doit \u00eatre universelle, et le d\u00e9sarmement doit \u00eatre compris, convenu et r\u00e9alis\u00e9 conjointement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais nous lib\u00e9rer de la finalit\u00e9 de causer du tort signifie \u00e9galement en lib\u00e9rer les ressources, les connaissances et les activit\u00e9s humaines qui la soutiennent aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant que les choses sont incorpor\u00e9es \u00e0 la relation arm\u00e9e, leur utilit\u00e9 pour notre vie reste subordonn\u00e9e, en derni\u00e8re instance, \u00e0 la capacit\u00e9 de causer du tort \u00e0 laquelle elles peuvent contribuer ou en laquelle elles peuvent \u00eatre transform\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En les lib\u00e9rant de cette subordination, nous pouvons consid\u00e9rer les choses selon leur propre finalit\u00e9 : \u00e0 quoi elles servent, quels besoins elles satisfont et comment elles peuvent remplir au mieux leur fonction. Un outil, un logement, un aliment ou une connaissance peuvent \u00eatre compris \u00e0 partir du service qu&rsquo;ils rendent, ind\u00e9pendamment de celui qui les poss\u00e8de. Nous pouvons examiner ensemble leur utilit\u00e9, leurs am\u00e9liorations possibles et les conditions les plus appropri\u00e9es pour en tirer parti.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, lib\u00e9rer les choses de la finalit\u00e9 de causer du tort nous lib\u00e8re \u00e9galement. Leur finalit\u00e9 nous fournit des crit\u00e8res communs pour entrer en relation, parce que nous pouvons comprendre et discuter de leur utilit\u00e9 sans avoir besoin de recourir \u00e0 notre capacit\u00e9 d&rsquo;imposition, et parce que cette finalit\u00e9 nous apporte une seconde r\u00e9f\u00e9rence ou un second crit\u00e8re : l&rsquo;humanit\u00e9 ou l&rsquo;universalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne suffit pas qu&rsquo;une chose soit utile \u00e0 quelqu&rsquo;un si son utilisation nuit \u00e0 d&rsquo;autres ou les soumet. Tant que nous organisons nos activit\u00e9s uniquement au b\u00e9n\u00e9fice des uns au d\u00e9triment des autres, nous conservons la contradiction qui alimente la volont\u00e9 de causer du tort. C&rsquo;est pourquoi, en voulant nous lib\u00e9rer de la finalit\u00e9 de l&rsquo;arme, nous consid\u00e9rons \u00e9galement ce qui convient \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 dans son ensemble dans le choix de nos moyens et de nos activit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne signifie pas que toutes les choses doivent \u00eatre utilis\u00e9es par tous, ni que nous ayons des besoins identiques. Cela signifie que nous pouvons juger de leur finalit\u00e9 en consid\u00e9rant les besoins de tous ceux qui participent \u00e0 nos relations ou en subissent les effets, sans faire de certains \u00eatres humains des moyens subordonn\u00e9s aux fins des autres, car l&rsquo;\u00eatre humain est, comme le dit Kant, une fin en soi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La finalit\u00e9 et l&rsquo;universalit\u00e9<\/strong> nous offrent ainsi des crit\u00e8res communs pour nous comprendre. Nous pouvons d\u00e9lib\u00e9rer sur l&rsquo;utilit\u00e9 des choses, sur la mani\u00e8re dont elles peuvent mieux servir, sur le moment, le lieu et les personnes auxquels il convient d&rsquo;en confier l&rsquo;usage, et sur la fa\u00e7on d&rsquo;organiser nos activit\u00e9s pour qu&rsquo;elles contribuent au bien-\u00eatre et au d\u00e9veloppement humains. Les diff\u00e9rences ne disparaissent pas, mais nous pouvons les traiter au moyen de raisons que nous avons tous la possibilit\u00e9 de comprendre, au lieu de les r\u00e9soudre par la force.<\/p>\n\n\n\n<p>Regardons autour de nous. Les outils, les connaissances, les aliments, les logements et les innombrables activit\u00e9s que nous d\u00e9veloppons peuvent servir notre vie, notre bien-\u00eatre et nos possibilit\u00e9s de d\u00e9veloppement. L&rsquo;arme, en revanche, introduit une finalit\u00e9 contradictoire avec ce service commun \u2014 la finalit\u00e9 de destruction \u2014 et, avec elle, la capacit\u00e9 de nous causer du tort pour imposer une volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9finitive, en nous d\u00e9sarmant conjointement, nous ne cessons pas seulement d&rsquo;utiliser cette capacit\u00e9 comme moyen de nos relations ; nous lib\u00e9rons \u00e9galement le potentiel de nos ressources et de nos activit\u00e9s pour les orienter vers des fins que nous pouvons reconna\u00eetre comme b\u00e9n\u00e9fiques \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n&rsquo;avons pas besoin de commencer par penser tous de la m\u00eame mani\u00e8re, mais par nous reconna\u00eetre les uns les autres comme des \u00eatres humains afin de sortir du cercle vicieux dans lequel nous sommes tous actuellement enferm\u00e9s, de nous mettre \u00e0 la place des autres et de rechercher ensemble ce que nous pouvons consid\u00e9rer comme b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 tous. La compr\u00e9hension de notre condition commune et de la finalit\u00e9 de nos activit\u00e9s nous permet de d\u00e9couvrir des possibilit\u00e9s de coop\u00e9ration que la relation arm\u00e9e dissimule ou subordonne.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela permet \u00e9galement de comprendre pourquoi la paix et la v\u00e9rit\u00e9 sont li\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant que la menace de causer du tort d\u00e9termine nos relations, nous avons des raisons de dissimuler nos intentions, nos ressources et nos vuln\u00e9rabilit\u00e9s, et de pr\u00e9senter nos int\u00e9r\u00eats face \u00e0 ceux des autres. La connaissance d&rsquo;autrui peut alors devenir un moyen de lui imposer notre volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, lorsque nous cherchons \u00e0 surmonter ensemble cette menace, conna\u00eetre nos v\u00e9ritables besoins, intentions et capacit\u00e9s cesse d&rsquo;\u00eatre seulement un danger contre lequel nous devons nous prot\u00e9ger et devient une condition de notre coop\u00e9ration. Pour le d\u00e9sarmement en particulier, la v\u00e9rit\u00e9 est n\u00e9cessaire afin que nous puissions en convenir comme d&rsquo;une action commune et v\u00e9rifier en permanence que nous mettons cet accord en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et sur ce que nous pouvons conna\u00eetre ensemble, nous pouvons \u00e9galement d\u00e9lib\u00e9rer et parvenir \u00e0 des accords toujours plus conscients et plus pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VII. Le d\u00e9sarmement comme lib\u00e9ration<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;arme est la cause de notre discorde, nous d\u00e9sarmer ne signifie pas simplement d\u00e9truire des armes, mais cesser d&rsquo;\u00eatre soumis \u00e0 leur m\u00e9diation pour garantir notre s\u00e9curit\u00e9 face aux autres. C&rsquo;est pourquoi le d\u00e9sarmement ne peut pas \u00eatre unilat\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Si une partie renonce \u00e0 sa capacit\u00e9 de causer du tort tandis qu&rsquo;une autre la conserve, la relation fondamentale ne dispara\u00eet pas. Celui qui se d\u00e9sarme reste expos\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 de celui qui conserve la capacit\u00e9 de la lui imposer. Sa reddition ne met pas fin \u00e0 la relation arm\u00e9e, mais l&rsquo;y incorpore dans une position subordonn\u00e9e : ses forces et ses ressources peuvent alors servir le pouvoir du vainqueur ou du dominateur et, avec lui, sa capacit\u00e9 de soumettre les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais vaincre ne signifie pas non plus se lib\u00e9rer. Celui qui atteint une position sup\u00e9rieure doit la conserver face aux autres et, pour cela, maintenir et d\u00e9velopper sa capacit\u00e9 de causer du tort. Plus son pouvoir est grand, plus les ressources et les efforts n\u00e9cessaires pour le soutenir peuvent \u00e9galement \u00eatre importants. Le plus puissant peut disposer d&rsquo;avantages sur les autres, mais il n&rsquo;est pas lib\u00e9r\u00e9 de la relation qui l&rsquo;oblige \u00e0 les d\u00e9fendre et \u00e0 les accro\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, ni la reddition ni la victoire ne r\u00e9solvent notre contradiction. Le vaincu reste subordonn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arme du vainqueur, et le vainqueur demeure subordonn\u00e9 \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver et de d\u00e9velopper la sienne. Tous deux continuent de servir, depuis des positions diff\u00e9rentes, la m\u00eame finalit\u00e9 de causer du tort. C&rsquo;est pourquoi nous pouvons affirmer avec certitude que l&rsquo;arme est la production humaine supr\u00eame en tout temps et en tout lieu, et que toutes les autres choses lui ont \u00e9t\u00e9 et lui restent subordonn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons le v\u00e9rifier en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 notre propre situation. Pouvons-nous abandonner notre capacit\u00e9 de d\u00e9fense tant que les autres conservent la possibilit\u00e9 de nous imposer leur volont\u00e9 ? Non, car nous serions \u00e0 leur merci. Et cesserions-nous d&rsquo;en avoir besoin si nous atteignions une sup\u00e9riorit\u00e9 suffisante pour les soumettre ? Non plus, car nous devrions conserver cette sup\u00e9riorit\u00e9 face \u00e0 ceux qui pourraient nous la disputer et nous imposer leur volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faudrait-il donc changer pour qu&rsquo;aucun de nous n&rsquo;ait besoin de maintenir sa capacit\u00e9 de causer du tort face aux autres ? Que nous puissions tous reconna\u00eetre cette m\u00eame contradiction et convenir ensemble de la surmonter.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sarmement que nous proposons doit donc \u00eatre <strong>convenu, universel, progressif et volontaire<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Convenu<\/strong>, parce qu&rsquo;il na\u00eet de la compr\u00e9hension que la finalit\u00e9 de causer du tort que nous maintenons face aux autres finit par nous soumettre tous. Et nul ne peut r\u00e9soudre s\u00e9par\u00e9ment une contradiction qui existe pr\u00e9cis\u00e9ment dans notre relation mutuelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Universel<\/strong>, parce que notre lib\u00e9ration ne peut pas non plus \u00eatre particuli\u00e8re. Tant qu&rsquo;il subsistera une unit\u00e9 arm\u00e9e, la relation de subordination que nous cherchons \u00e0 d\u00e9passer persistera.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Progressif<\/strong>, parce que transformer des relations historiquement construites autour de la force exige un processus dans lequel nous puissions \u00e9tablir, respecter et v\u00e9rifier ensemble les engagements pris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Volontaire<\/strong>, parce qu&rsquo;il n&rsquo;aurait aucun sens de pr\u00e9tendre mettre fin \u00e0 l&rsquo;imposition par une nouvelle imposition. La r\u00e9conciliation commence lorsque nous reconnaissons librement notre condition commune et d\u00e9cidons d&rsquo;agir conform\u00e9ment \u00e0 cette compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>La Conf\u00e9rence mondiale de r\u00e9conciliation, de paix et de d\u00e9sarmement vise \u00e0 offrir l&rsquo;espace dans lequel cet accord universel pourra commencer \u00e0 se formuler. Son caract\u00e8re inclusif et public doit permettre que les engagements soient connus, discut\u00e9s et v\u00e9rifi\u00e9s par tous, afin que la confiance ne d\u00e9pende ni d&rsquo;une promesse cach\u00e9e ni de la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;une des parties.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le sujet de cette r\u00e9conciliation n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;\u00c9tat ni celui qui en exerce la repr\u00e9sentation. <strong>C&rsquo;est chaque \u00eatre humain<\/strong>, ind\u00e9pendamment du pays auquel il appartient ou de la position qu&rsquo;il occupe dans la relation arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun de nous peut reconna\u00eetre ce qu&rsquo;est l&rsquo;arme, comprendre sa finalit\u00e9 de causer du tort et juger la contradiction qu&rsquo;elle introduit dans nos relations. Et chacun peut rendre publique cette compr\u00e9hension, refuser que le tort et la menace continuent d&rsquo;\u00eatre le fondement de notre coexistence et contribuer \u00e0 faire du d\u00e9sarmement une d\u00e9cision partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi il est n\u00e9cessaire que les termes de cet Appel soient universellement connus et que la Conf\u00e9rence se d\u00e9roule de mani\u00e8re ouverte et publique. Il ne s&rsquo;agit pas de demander l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 une position politique particuli\u00e8re, mais d&rsquo;offrir \u00e0 tous la possibilit\u00e9 d&rsquo;examiner une r\u00e9alit\u00e9 commune et de participer \u00e0 sa transformation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le crit\u00e8re m\u00eame qui nous rassemble suffit \u00e0 commencer \u00e0 engendrer son propre ordre, par simple coh\u00e9rence avec sa finalit\u00e9. Si nous cherchons \u00e0 nous lib\u00e9rer de l&rsquo;imposition, nos d\u00e9cisions et notre mani\u00e8re d&rsquo;entrer en relation ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es sur elle. Si nous reconnaissons que notre lib\u00e9ration doit \u00eatre universelle, nous ne pouvons pas non plus exclure aucun \u00eatre humain de cette consid\u00e9ration. Et si nous avons besoin de nous comprendre pour agir ensemble, nous devons rendre publiques nos intentions, \u00e9couter celles des autres et rechercher des accords que tous puissent reconna\u00eetre librement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la r\u00e9conciliation n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;attendre le d\u00e9sarmement pour commencer \u00e0 transformer nos relations. La finalit\u00e9 que nous partageons nous fournit d\u00e9j\u00e0 un crit\u00e8re pour juger nos propres actions et organiser notre coop\u00e9ration, tandis que nous convenons des conditions qui rendront possible notre lib\u00e9ration mat\u00e9rielle de l&rsquo;arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons enfin mesurer \u00e0 quel point cette proposition nous concerne personnellement. M\u00eame le fait de la rendre publique peut nous sembler difficile. Nous appartenons \u00e0 des communaut\u00e9s et \u00e0 des \u00c9tats dont nous nous sentons tenus de d\u00e9fendre la s\u00e9curit\u00e9 ; nous connaissons les menaces de ceux qui s&rsquo;y opposent et nous savons qu&rsquo;abandonner unilat\u00e9ralement notre protection pourrait nous nuire, ainsi qu&rsquo;\u00e0 ceux qui en d\u00e9pendent.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette m\u00eame r\u00e9flexion nous permet de comprendre la situation des autres, y compris de ceux que nous consid\u00e9rons comme nos adversaires. Eux aussi sont conditionn\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre les leurs et par la menace que nous repr\u00e9sentons pour eux. Et ceux qui disposent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une position sup\u00e9rieure ne peuvent cesser de tenir compte de cette relation sans s&rsquo;exposer \u00e0 la perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le reconna\u00eetre ne nous oblige pas \u00e0 d\u00e9serter, \u00e0 abandonner nos responsabilit\u00e9s ni \u00e0 livrer notre s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 des autres. Cela nous permet pr\u00e9cis\u00e9ment de comprendre pourquoi la lib\u00e9ration doit \u00eatre conjointe.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons commencer \u00e0 nous r\u00e9concilier avant de nous \u00eatre d\u00e9sarm\u00e9s, en rendant publique cette compr\u00e9hension et en nous encourageant mutuellement \u00e0 participer \u00e0 un accord qui rende possible le d\u00e9sarmement de tous. Nous n&rsquo;avons pas besoin d&rsquo;attendre que la menace disparaisse pour reconna\u00eetre ensemble la n\u00e9cessit\u00e9 de la surmonter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VIII. La paix comme nouvelle relation humaine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois que nous cessons d&rsquo;utiliser l&rsquo;arme comme moyen entre nous, une t\u00e2che bien plus grande appara\u00eet : apprendre \u00e0 d\u00e9cider autrement, d&rsquo;une mani\u00e8re proprement humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne suffit pas d&rsquo;\u00e9liminer un moyen ; nous devons transformer la relation que ce moyen produisait. C&rsquo;est pourquoi la paix ne consiste pas simplement \u00e0 ce que les armes restent inactives, mais dans le d\u00e9sarmement et dans le fait de fonder nos relations sur la compr\u00e9hension, l&rsquo;entraide et l&rsquo;accord.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette transformation concerne, en premier lieu, les ressources humaines et mat\u00e9rielles que nous consacrons aujourd&rsquo;hui \u00e0 notre capacit\u00e9 de causer du tort. En nous d\u00e9sarmant conjointement, ces ressources cessent de servir la s\u00e9curit\u00e9 oppos\u00e9e des unit\u00e9s arm\u00e9es les unes face aux autres et s&rsquo;orientent vers le bien-\u00eatre et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puisque leur lib\u00e9ration ne peut se r\u00e9aliser que par un accord universel, leur nouvelle utilisation doit \u00e9galement \u00eatre envisag\u00e9e du point de vue de l&rsquo;humanit\u00e9 dans son ensemble. Cela signifie r\u00e9pondre en premier lieu aux besoins de ceux qui en \u00e9prouvent le plus, sans discrimination fond\u00e9e sur le pays ou l&rsquo;unit\u00e9 arm\u00e9e auxquels ils appartiennent aujourd&rsquo;hui. Les moyens lib\u00e9r\u00e9s par le d\u00e9sarmement contribuent ainsi \u00e0 assurer des conditions de vie dignes, \u00e0 d\u00e9velopper les infrastructures et \u00e0 rendre possible une coop\u00e9ration humaine toujours plus large et plus int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la relation arm\u00e9e, les ressources ne sont pas seulement des biens qui satisfont des besoins : leur possession exclusive repr\u00e9sente \u00e9galement une capacit\u00e9 d&rsquo;en priver les autres. C&rsquo;est pourquoi, lorsque nous c\u00e9dons des ressources, nous ne c\u00e9dons pas uniquement des biens ; nous transf\u00e9rons aussi une capacit\u00e9 d&rsquo;exercer un pouvoir face aux autres. En ce sens, ce que nous appelons partager est conditionn\u00e9 ou annul\u00e9 par la relation de propri\u00e9t\u00e9 exclusive : les ressources passent de la domination des uns \u00e0 celle des autres, sans cesser de servir l&rsquo;opposition que leur possession \u00e9tablit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette contradiction affecte \u00e9galement, par exemple, l&rsquo;aide aux pays dont les besoins sont les plus grands. Le transfert de ressources est conditionn\u00e9 par les alliances strat\u00e9giques et soumis \u00e0 des contr\u00f4les, parce que les \u00c9tats doivent veiller \u00e0 leur d\u00e9fense et parce que les ressources re\u00e7ues tendent \u00e0 \u00eatre affect\u00e9es \u00e0 ce besoin plus urgent, ou risquent de rester sous le contr\u00f4le de leurs autorit\u00e9s sans parvenir aux personnes qui en ont besoin. Si la s\u00e9curit\u00e9 ou la d\u00e9fense cesse de constituer cette n\u00e9cessit\u00e9 ou cette urgence oppos\u00e9e, nous pourrons convenir et r\u00e9aliser le transfert de ressources avec beaucoup plus de libert\u00e9, en tenant directement compte de leur finalit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le d\u00e9sarmement transforme \u00e9galement l&rsquo;organisation de nos relations.<\/p>\n\n\n\n<p>La hi\u00e9rarchie fond\u00e9e sur la capacit\u00e9 de causer du tort perd sa raison d&rsquo;\u00eatre lorsque nous n&rsquo;avons plus besoin de nous soumettre les uns les autres pour garantir notre s\u00e9curit\u00e9. Nous reconnaissons alors notre \u00e9galit\u00e9 en tant qu&rsquo;\u00eatres humains, dot\u00e9s de la m\u00eame capacit\u00e9 de compr\u00e9hension et d&rsquo;un sens commun qui nous permet de d\u00e9lib\u00e9rer et d&rsquo;agir ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne signifie pas que les diff\u00e9rences de connaissances, de capacit\u00e9s ou de responsabilit\u00e9s disparaissent. Si nous construisons un b\u00e2timent, celui qui poss\u00e8de la formation n\u00e9cessaire pour en diriger la construction doit pouvoir coordonner le travail des autres. Il en va de m\u00eame dans toute activit\u00e9 humaine : certaines t\u00e2ches exigent de l&rsquo;exp\u00e9rience, de la comp\u00e9tence et une direction.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette responsabilit\u00e9 se justifie par la finalit\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9 et par la capacit\u00e9 d&rsquo;y contribuer, non par une sup\u00e9riorit\u00e9 permanente de certaines personnes sur d&rsquo;autres. C&rsquo;est une fonction relative au travail que nous accomplissons et aux besoins que nous voulons satisfaire, non une position de domination permanente fond\u00e9e sur la capacit\u00e9 d&rsquo;imposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre relation aux choses et \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 se transforme \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant que notre s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9pend de la possession exclusive de ressources, les c\u00e9der peut signifier accro\u00eetre le pouvoir des autres face \u00e0 nous. Ce que nous donnons ne vient pas n\u00e9cessairement servir la communaut\u00e9, mais peut s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 la capacit\u00e9 d&rsquo;un autre propri\u00e9taire de nous priver de ces m\u00eames ressources. C&rsquo;est pourquoi, m\u00eame lorsque nous pouvons comprendre les avantages du \u00ab partage \u00bb \u2014 ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de la cession \u2014 pour r\u00e9tablir un certain \u00e9quilibre autour de nous, la relation arm\u00e9e ne nous permet m\u00eame pas cela et nous conditionne \u00e0 conserver et \u00e0 accumuler autant que possible, sans aucune limite.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, en nous lib\u00e9rant de cette contradiction, les choses cessent d&rsquo;\u00eatre subordonn\u00e9es \u00e0 leur possession comme moyen de pouvoir et commencent \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es selon leur finalit\u00e9. Leur usage, les besoins qu&rsquo;elles satisfont et la mani\u00e8re la plus appropri\u00e9e d&rsquo;en disposer nous fournissent des crit\u00e8res communs pour comprendre comment mieux en tirer parti. La gestion partag\u00e9e \u2014 cette fois v\u00e9ritablement partag\u00e9e \u2014 des ressources cesse de repr\u00e9senter une menace pour notre s\u00e9curit\u00e9 et devient une mani\u00e8re de rechercher notre bien-\u00eatre commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela concerne \u00e9galement les formes de propri\u00e9t\u00e9, dont la transformation doit \u00eatre volontaire et peut exiger un long processus. Il n&rsquo;aurait aucun sens de nous lib\u00e9rer de l&rsquo;imposition arm\u00e9e pour \u00e9tablir, par une autre imposition, la mani\u00e8re dont nous devons disposer des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous devons aussi comprendre que nos conditions de vie ne sont pas seulement le r\u00e9sultat de nos d\u00e9cisions pr\u00e9sentes. Nous sommes n\u00e9s et avons grandi dans des circonstances diff\u00e9rentes, et nos corps, nos habitudes et nos attentes se sont form\u00e9s dans ces circonstances. Celui qui a toujours joui de certaines ressources et commodit\u00e9s peut ressentir leur perte comme une privation, m\u00eame s&rsquo;il reconna\u00eet l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une r\u00e9partition plus juste.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces conditions ne doivent pas n\u00e9cessairement se perp\u00e9tuer d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l&rsquo;autre. Une personne peut vouloir que ses enfants vivent bien sans souhaiter n\u00e9cessairement qu&rsquo;ils b\u00e9n\u00e9ficient des m\u00eames avantages relatifs qu&rsquo;elle a eus sur les autres. Elle peut, en m\u00eame temps, vouloir pr\u00e9server pour eux une maison familiale, certains objets ou des conditions de vie auxquels elle est personnellement attach\u00e9e. Ce sont des questions diff\u00e9rentes que nous devons comprendre et consid\u00e9rer selon leur finalit\u00e9 et leur usage, sans les confondre avec l&rsquo;accumulation de ressources comme moyen de pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le passage des g\u00e9n\u00e9rations acquiert ici une importance fondamentale. Les enfants ne naissent pas habitu\u00e9s aux privil\u00e8ges ni aux diff\u00e9rences de position qu&rsquo;ils trouvent d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis : ils apprennent \u00e0 les consid\u00e9rer comme normaux ou n\u00e9cessaires \u00e0 travers leur \u00e9ducation et leur vie avec les autres. Une communaut\u00e9 humaine qui cesse de s&rsquo;organiser autour de l&rsquo;opposition arm\u00e9e transforme \u00e9galement les conditions dans lesquelles elle \u00e9duque ses nouveaux membres et, avec elles, leurs besoins, leurs attentes et leurs mani\u00e8res d&rsquo;entrer en relation.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi nous n&rsquo;avons pas besoin de d\u00e9terminer \u00e0 l&rsquo;avance toutes les cons\u00e9quences de cette transformation. Le d\u00e9veloppement m\u00eame de nos relations, au fil des vies et des g\u00e9n\u00e9rations, modifiera progressivement ce que nous consid\u00e9rons comme convenable, n\u00e9cessaire ou juste. L&rsquo;essentiel est que nous puissions en juger ensemble selon leur finalit\u00e9 et leur service aux \u00eatres humains, au lieu de rester conditionn\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver notre sup\u00e9riorit\u00e9 face aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>La hi\u00e9rarchie et la propri\u00e9t\u00e9 sont deux manifestations de cette transformation que nous avons mises en \u00e9vidence parce que nous les avons d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9es dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents. Mais le m\u00eame crit\u00e8re s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 nos autres activit\u00e9s et relations. En cessant de les subordonner \u00e0 la finalit\u00e9 de causer du tort, nous les jugeons selon le service qu&rsquo;elles rendent \u00e0 la vie humaine et leur int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;humanit\u00e9 dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette transformation des conditions de nos relations transforme \u00e9galement nos intentions. Lorsque nous cessons de consid\u00e9rer les autres comme des adversaires contre lesquels nous devons nous prot\u00e9ger, leurs besoins cessent n\u00e9cessairement de s&rsquo;opposer aux n\u00f4tres. La coexistence, la connaissance mutuelle et la coop\u00e9ration nous am\u00e8nent \u00e0 les reconna\u00eetre et \u00e0 les consid\u00e9rer ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ciprocit\u00e9 cesse ainsi d&rsquo;\u00eatre seulement un principe moral que nous devons nous efforcer de respecter face \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s. Elle devient la tendance propre \u00e0 une relation dans laquelle notre bien-\u00eatre ne d\u00e9pend plus du tort caus\u00e9 aux autres ni de leur subordination. Traiter les autres comme nous voudrions \u00eatre trait\u00e9s r\u00e9pond alors \u00e0 la logique m\u00eame de notre coexistence et de notre coop\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 ce qui se produit, dans une certaine mesure, au sein de nos communaut\u00e9s les plus proches. Lorsque quelqu&rsquo;un vole, agresse ou porte pr\u00e9judice \u00e0 autrui, nous reconnaissons que sa conduite n&rsquo;affecte pas seulement la victime, mais aussi notre coexistence commune. Nous la r\u00e9prouvons tous parce que nous comprenons le tort qu&rsquo;elle cause et parce que nous avons tous besoin que nos relations ne soient pas fond\u00e9es sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la relation arm\u00e9e nous a conduits \u00e0 diviser cette m\u00eame humanit\u00e9 entre les n\u00f4tres et les autres, de sorte que ce que nous r\u00e9prouvons au sein de notre communaut\u00e9 finit par \u00eatre justifi\u00e9 lorsqu&rsquo;il est dirig\u00e9 contre ceux que nous consid\u00e9rons comme des ennemis. Et ils le sont, dans cette relation, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que leur arme n&rsquo;est pas int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la n\u00f4tre et que leur capacit\u00e9 de causer du tort s&rsquo;oppose \u00e0 la n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sarmement universel d\u00e9passe cette contradiction. En cessant de nous organiser en unit\u00e9s oppos\u00e9es, la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer ceux que nous devons prot\u00e9ger de ceux contre lesquels nous devons nous prot\u00e9ger dispara\u00eet. La consid\u00e9ration que nous reconnaissons comme n\u00e9cessaire au sein de notre propre communaut\u00e9 s&rsquo;\u00e9tend alors \u00e0 tous les \u00eatres humains, parce que nous faisons tous partie d&rsquo;une m\u00eame relation de coexistence et de coop\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;unit\u00e9 humaine, qui est la forme de la paix, ne s&rsquo;obtient pas en soumettant tous les \u00eatres humains \u00e0 un m\u00eame pouvoir, mais en partageant la finalit\u00e9 de nous lib\u00e9rer de l&rsquo;arme.<\/strong> C&rsquo;est cette finalit\u00e9, comprise et r\u00e9alis\u00e9e conjointement par le d\u00e9sarmement universel, qui nous r\u00e9concilie, fait des autres une partie de nous-m\u00eames et nous constitue en communaut\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IX. Les cons\u00e9quences que nous devons \u00e9tudier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si le d\u00e9sarmement universel lib\u00e8re l&rsquo;humanit\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;organiser autour de la capacit\u00e9 de causer du tort, nous devons \u00e9galement nous demander quelles cons\u00e9quences cela aura sur les autres aspects de notre vie et de notre organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pr\u00e9tendons pas r\u00e9pondre ici d\u00e9finitivement \u00e0 toutes ces questions, mais les ouvrir \u00e0 notre recherche commune.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1. S\u00e9curit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que signifie \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9 lorsque nous cessons de disposer d&rsquo;une capacit\u00e9 organis\u00e9e de nous causer mutuellement du tort ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arme, comme moyen d&rsquo;imposition entre unit\u00e9s humaines, n&rsquo;a aucune utilit\u00e9 ind\u00e9pendante de cette relation. Soit elle n&rsquo;est pas utilis\u00e9e, et elle n&rsquo;est alors qu&rsquo;un gaspillage, soit son utilisation consiste \u00e0 causer du tort et \u00e0 d\u00e9truire. Les grandes arm\u00e9es, les sous-marins, les porte-avions et les armes nucl\u00e9aires montrent avec une clart\u00e9 particuli\u00e8re que leur existence et leur d\u00e9veloppement r\u00e9pondent \u00e0 la confrontation avec d&rsquo;autres capacit\u00e9s arm\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur finalit\u00e9 est de maintenir ou d&rsquo;atteindre une sup\u00e9riorit\u00e9 face \u00e0 d&rsquo;autres armes. Ce ne sont donc pas des moyens qui servent directement les besoins de notre vie, mais des moyens \u00e0 l&rsquo;entretien et au d\u00e9veloppement desquels nous subordonnons nos activit\u00e9s et nos ressources. Dans cette relation, c&rsquo;est l&rsquo;\u00eatre humain qui sert l&rsquo;arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 au sein de notre vie commune est diff\u00e9rent. Tant qu&rsquo;il existera des agressions, des vols et d&rsquo;autres comportements pr\u00e9judiciables, nous aurons besoin de moyens pour les pr\u00e9venir, nous prot\u00e9ger et faire face \u00e0 leurs cons\u00e9quences. C&rsquo;est la fonction que nous attribuons aujourd&rsquo;hui, entre autres institutions, \u00e0 la police.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la n\u00e9cessit\u00e9 de ces moyens se transforme elle aussi avec nos relations. En cessant de nous organiser en unit\u00e9s oppos\u00e9es et en d\u00e9veloppant une vie commune fond\u00e9e sur la compr\u00e9hension et l&rsquo;attention mutuelle, l&rsquo;influence r\u00e9ciproque modifie progressivement nos comportements. \u00c0 mesure que les agressions et les pr\u00e9judices diminuent, la n\u00e9cessit\u00e9 de recourir \u00e0 des moyens de coercition pour les emp\u00eacher diminue \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9volution ne doit pas \u00eatre confondue avec le d\u00e9sarmement des unit\u00e9s arm\u00e9es autonomes. La disparition de la relation qui les oppose exige une d\u00e9cision humaine commune, tandis que la transformation des comportements et des institutions destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger notre vie commune se d\u00e9veloppe \u00e0 mesure que changent nos propres relations.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alisation du d\u00e9sarmement exige \u00e9galement une transition progressive, guid\u00e9e par le jugement humain commun et par des d\u00e9cisions publiques et inclusives. Nous devons convenir de la mani\u00e8re de transformer les structures militaires et les activit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la production d&rsquo;armements, en mettant leurs connaissances, leurs capacit\u00e9s et leurs ressources au service de finalit\u00e9s humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce processus, les conditions de vie des militaires, de ceux qui exercent des responsabilit\u00e9s dans ces structures et des autres personnes dont l&rsquo;activit\u00e9 en d\u00e9pend doivent \u00eatre garanties. Leur participation \u00e0 notre lib\u00e9ration commune ne doit pas porter pr\u00e9judice \u00e0 leur bien-\u00eatre ni \u00e0 leur libert\u00e9, mais contribuer \u00e9galement \u00e0 les am\u00e9liorer. Ces ressources humaines et mat\u00e9rielles sont, de plus, particuli\u00e8rement aptes \u00e0 aider et \u00e0 int\u00e9grer les communaut\u00e9s confront\u00e9es aux plus grandes carences et aux besoins les plus urgents.<\/p>\n\n\n\n<p>La finalit\u00e9 partag\u00e9e de nous lib\u00e9rer de l&rsquo;arme nous fournit d\u00e9j\u00e0 le crit\u00e8re pour engager cette transformation. Nous n&rsquo;avons pas besoin d&rsquo;attendre que les armes disparaissent mat\u00e9riellement pour reconna\u00eetre que notre s\u00e9curit\u00e9 ne peut continuer \u00e0 d\u00e9pendre de notre capacit\u00e9 \u00e0 nous soumettre les uns les autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;Appel \u00e0 la Conf\u00e9rence mondiale de r\u00e9conciliation, de paix et de d\u00e9sarmement du 30 mai 2027 constitue pr\u00e9cis\u00e9ment une invitation \u00e0 prendre ensemble cette d\u00e9cision et \u00e0 commencer \u00e0 \u00e9tablir les conditions de sa r\u00e9alisation universelle, progressive et volontaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. \u00c9conomie et droit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans quelle mesure la propri\u00e9t\u00e9 exclusive d\u00e9pend-elle de la capacit\u00e9 d&rsquo;exclure les autres et de prot\u00e9ger cette exclusion par la force ? Nous devons ici distinguer l&rsquo;utilisation et la disposition des ressources pour satisfaire les besoins humains de leur appropriation exclusive comme instrument de pouvoir face aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette question exige une recherche sp\u00e9cifique que nous ne pr\u00e9tendons pas avoir achev\u00e9e. Nombreux sont les sujets que nous devons examiner, comme l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une monnaie universelle, les formes de propri\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;h\u00e9ritage, les syst\u00e8mes d&rsquo;incitation et les autres conditions de notre organisation \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces questions doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es et d\u00e9battues publiquement, avec la participation de ceux qui poss\u00e8dent les connaissances n\u00e9cessaires pour en comprendre les cons\u00e9quences, mais sans les soustraire au jugement des autres. La finalit\u00e9 de leur r\u00e9glementation doit toujours \u00eatre le bien-\u00eatre et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;humanit\u00e9 dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous devons \u00e9galement nous demander quelles transformations conna\u00eetrait le droit si sa garantie ultime cessait de d\u00e9pendre de la force arm\u00e9e et reposait sur des accords publics et inclusifs.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9laboration, l&rsquo;application et la r\u00e9vision des r\u00e8gles pourraient alors se fonder sur la publicit\u00e9 des d\u00e9cisions et des finalit\u00e9s qui les justifient. Chaque accord permettrait de conna\u00eetre ce que l&rsquo;on entend r\u00e9aliser, pourquoi cela est consid\u00e9r\u00e9 comme plus appropri\u00e9 que d&rsquo;autres solutions et quels moyens ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis pour y parvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;enregistrement public de ces d\u00e9cisions permettrait de v\u00e9rifier ult\u00e9rieurement si leurs finalit\u00e9s sont atteintes, si de nouvelles circonstances modifient leur pertinence ou si de nouveaux moyens ou des besoins plus urgents apparaissent et conduisent \u00e0 les r\u00e9viser. Le droit se d\u00e9velopperait ainsi gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance et \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation communes de nos d\u00e9cisions et de leurs cons\u00e9quences, conform\u00e9ment aux crit\u00e8res de finalit\u00e9 et d&rsquo;universalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette t\u00e2che, l&rsquo;intelligence artificielle pourrait nous aider \u00e0 organiser et \u00e0 relier les informations, \u00e0 examiner les solutions possibles, \u00e0 v\u00e9rifier les r\u00e9sultats et \u00e0 faciliter la participation et le jugement public. Sa fonction serait de servir la compr\u00e9hension et les d\u00e9cisions humaines, non de s&rsquo;y substituer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. \u00c9tat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quelles fonctions continueraient de relever des \u00c9tats et lesquelles pourraient \u00eatre progressivement assum\u00e9es par des formes d&rsquo;organisation humaine plus larges ou plus locales ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00c9tat, en tant qu&rsquo;unit\u00e9 souveraine qui maintient et d\u00e9fend son autorit\u00e9 territoriale par la force, est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la relation arm\u00e9e. Ses fronti\u00e8res et sa composition r\u00e9sultent, dans de nombreux cas, de guerres, de conqu\u00eates et d&rsquo;accords historiques qui ont r\u00e9uni ou s\u00e9par\u00e9 des communaut\u00e9s humaines de langues, de cultures et de traditions diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais nous devons distinguer cette souverainet\u00e9 arm\u00e9e des fonctions humaines que les \u00c9tats remplissent. L&rsquo;organisation des services, des infrastructures, des connaissances et des activit\u00e9s communes r\u00e9pond \u00e0 des besoins r\u00e9els qui ne disparaissent pas avec le d\u00e9sarmement. Ce que nous devons rechercher, c&rsquo;est comment y r\u00e9pondre de la mani\u00e8re la plus appropri\u00e9e, sans rester subordonn\u00e9s \u00e0 des divisions territoriales \u00e9tablies et maintenues par la capacit\u00e9 d&rsquo;imposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette question concerne \u00e9galement les communaut\u00e9s qui souhaitent une plus grande autonomie ou l&rsquo;ind\u00e9pendance. Tant que l&rsquo;organisation humaine repose sur la souverainet\u00e9 arm\u00e9e, ces aspirations tendent \u00e0 prendre la forme d&rsquo;une s\u00e9paration d&rsquo;une unit\u00e9 \u00e9tatique et de la constitution d&rsquo;une autre. Mais en d\u00e9passant ensemble cette relation, l&rsquo;autonomie d&rsquo;une communaut\u00e9 ne n\u00e9cessite plus n\u00e9cessairement une nouvelle souverainet\u00e9 face aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, l&rsquo;\u00c9tat dont elle fait partie n&rsquo;a plus besoin de conserver son autorit\u00e9 comme un pouvoir oppos\u00e9 \u00e0 ceux qui souhaitent s&rsquo;orienter de mani\u00e8re autonome. Mais tous deux participent \u00e0 une transformation plus large : l&rsquo;int\u00e9gration de nos relations dans une communaut\u00e9 humaine universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le crit\u00e8re pour examiner ces questions ne peut \u00eatre uniquement la conservation de certaines fronti\u00e8res ni leur modification par une d\u00e9cision impos\u00e9e aux autres. Nous devons consid\u00e9rer la finalit\u00e9 de chaque activit\u00e9, les besoins des personnes concern\u00e9es et l&rsquo;\u00e9chelon le plus appropri\u00e9 pour l&rsquo;organiser, au moyen d&rsquo;accords publics et inclusifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, certaines fonctions pourront \u00eatre mieux assur\u00e9es dans les villes, les villages ou les communaut\u00e9s de proximit\u00e9 ; d&rsquo;autres exigeront une coordination r\u00e9gionale ou universelle. Les divisions administratives pourront s&rsquo;adapter \u00e0 ces finalit\u00e9s sans devoir devenir de nouvelles unit\u00e9s de pouvoir face aux autres. Et, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le principe de subsidiarit\u00e9 doit pr\u00e9valoir : les questions doivent \u00eatre trait\u00e9es \u00e0 un niveau plus large lorsqu&rsquo;elles ne peuvent \u00eatre r\u00e9solues \u00e0 un niveau plus restreint.<\/p>\n\n\n\n<p>La communication et l&rsquo;acc\u00e8s commun \u00e0 l&rsquo;information, facilit\u00e9s par les nouvelles technologies et la traduction automatis\u00e9e, permettront \u00e9galement de simplifier de nombreuses fonctions d&rsquo;interm\u00e9diation administrative et de favoriser la participation directe des personnes aux affaires qui les concernent.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien de cela n&rsquo;exige la disparition de nos diff\u00e9rences culturelles. Les langues, les traditions et les modes de vie propres \u00e0 chaque communaut\u00e9 constituent une richesse humaine que nous pouvons pr\u00e9server et d\u00e9velopper sans en faire un fondement d&rsquo;exclusion.<\/p>\n\n\n\n<p>La transformation de l&rsquo;\u00c9tat ne consiste donc pas \u00e0 remplacer certaines souverainet\u00e9s par d&rsquo;autres ni \u00e0 imposer une organisation uniforme \u00e0 toute l&rsquo;humanit\u00e9. Elle consiste \u00e0 rechercher comment nos institutions peuvent cesser de servir la conservation de pouvoirs territoriaux oppos\u00e9s et s&rsquo;organiser selon les finalit\u00e9s humaines auxquelles elles doivent r\u00e9pondre, au b\u00e9n\u00e9fice de tous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. Ressources et finalit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les ressources satisfont nos besoins et servent nos aspirations. Mais leur utilisation doit \u00e9galement tenir compte de notre appartenance \u00e0 la nature et des conditions qui rendent la vie possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Prendre soin de la plan\u00e8te, de ses \u00e9cosyst\u00e8mes, de sa faune et de sa flore ne consiste pas seulement \u00e0 les conserver comme des ressources \u00e0 notre disposition, mais \u00e0 d\u00e9velopper une relation de coexistence et d&rsquo;adaptation r\u00e9ciproque avec la nature dont nous faisons partie. Nous pouvons ainsi aspirer \u00e0 une plus grande symbiose entre notre activit\u00e9 et les autres \u00eatres vivants, en tenant compte \u00e9galement de leurs besoins et de leurs conditions de vie, afin de faire de notre monde un lieu toujours plus habitable, plus beau et plus appropri\u00e9 pour tous.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, l&rsquo;exploration et l&rsquo;expansion dans l&rsquo;espace extra-atmosph\u00e9rique constituent une aspiration humaine dont nous devons envisager le d\u00e9veloppement en tenant compte de nos autres besoins et possibilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 chaque finalit\u00e9 d\u00e9pendra des circonstances, des connaissances, des ressources disponibles et des besoins auxquels nous devons r\u00e9pondre. Sa pertinence devra \u00eatre examin\u00e9e continuellement par la recherche, la pr\u00e9vision, la d\u00e9lib\u00e9ration publique et le jugement humain commun, en prenant toujours pour crit\u00e8re le bien-\u00eatre et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. Intelligence et d\u00e9cision<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;intelligence artificielle nous apporte de nouvelles capacit\u00e9s pour conna\u00eetre nos besoins, rassembler et analyser des informations, comparer des solutions et pr\u00e9voir les cons\u00e9quences de nos d\u00e9cisions.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la connaissance ne remplace pas le jugement. La capacit\u00e9 de calculer les moyens les plus efficaces pour atteindre une finalit\u00e9 ne d\u00e9termine pas, \u00e0 elle seule, quelle finalit\u00e9 nous devons poursuivre.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi les d\u00e9cisions concernant ce que nous voulons r\u00e9aliser en tant qu&rsquo;\u00eatres humains doivent rester entre des mains humaines ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, entre les mains de l&rsquo;humanit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance, \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration et au jugement commun de toutes les personnes concern\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette question est particuli\u00e8rement urgente parce que l&rsquo;intelligence artificielle se d\u00e9veloppe actuellement au sein de nos relations de confrontation arm\u00e9e. Ses capacit\u00e9s acc\u00e9l\u00e8rent les processus de d\u00e9cision, anticipent les mouvements de l&rsquo;adversaire et augmentent l&rsquo;efficacit\u00e9 de nos moyens de causer du tort. Ainsi, une intelligence qui pourrait servir notre compr\u00e9hension et notre coop\u00e9ration peut \u00e9galement acc\u00e9l\u00e9rer notre destruction mutuelle, jusqu&rsquo;\u00e0 mettre en danger la survie m\u00eame de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lib\u00e9rer ces capacit\u00e9s de leur subordination \u00e0 la finalit\u00e9 de l&rsquo;arme fait donc partie de notre r\u00e9conciliation. L&rsquo;intelligence artificielle peut nous aider \u00e0 comprendre des probl\u00e8mes toujours plus complexes, \u00e0 examiner publiquement leurs solutions possibles et \u00e0 v\u00e9rifier les r\u00e9sultats de nos d\u00e9cisions, mais toujours au service des finalit\u00e9s que nous pouvons reconna\u00eetre et convenir ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces questions font partie du Document ouvert parce qu&rsquo;elles n\u00e9cessitent encore recherche et d\u00e9lib\u00e9ration. Nous ne pr\u00e9tendons pas les r\u00e9soudre ici ni \u00e9tablir \u00e0 l&rsquo;avance comment notre vie future devra \u00eatre organis\u00e9e. Elles constituent une t\u00e2che permanente pour l&rsquo;humanit\u00e9, qui devra r\u00e9examiner ses connaissances, ses besoins et ses d\u00e9cisions \u00e0 mesure que nos circonstances se transformeront.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le d\u00e9sarmement n&rsquo;est pas la fin de notre recherche, mais le commencement d&rsquo;une recherche humaine lib\u00e9r\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de servir la confrontation arm\u00e9e.<\/strong> En cessant de nous soumettre \u00e0 cette finalit\u00e9, nous pourrons examiner ensemble nos activit\u00e9s et nos ressources selon ce \u00e0 quoi elles servent et leur pertinence pour l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est la cons\u00e9quence fondamentale que nous voulons souligner : <strong>la r\u00e9conciliation ne d\u00e9termine pas notre avenir \u00e0 l&rsquo;avance, mais nous lib\u00e8re pour le conna\u00eetre, en d\u00e9lib\u00e9rer et le construire ensemble.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>X. La mise en pratique de la paix<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences du d\u00e9sarmement que nous avons mentionn\u00e9es dans le chapitre pr\u00e9c\u00e9dent doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es. Nous ne pouvons en anticiper certaines que de mani\u00e8re provisoire, car notre r\u00e9alit\u00e9 future int\u00e9grera des circonstances et des connaissances que nous ne pouvons pas encore pr\u00e9voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est une chose que nous pouvons \u00e9tablir d\u00e8s maintenant. Nous avons compris que la finalit\u00e9 du d\u00e9sarmement universel est de nous lib\u00e9rer de la relation arm\u00e9e et de nous constituer en communaut\u00e9 humaine. Et puisque cette unit\u00e9 est la forme de la paix, la paix commence \u00e0 \u00eatre \u00e0 notre port\u00e9e d\u00e8s le moment o\u00f9 nous reconnaissons et partageons cette finalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas une sp\u00e9culation sur l&rsquo;avenir, mais une cons\u00e9quence de notre propre compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous reconnaissons qu&rsquo;il est contradictoire de pr\u00e9tendre \u00e0 la paix tout en maintenant comme fondement de nos relations la capacit\u00e9 de nous causer mutuellement du tort ou, plus clairement, tout en cherchant \u00e0 nuire \u00e0 autrui, nous devons \u00e9galement reconna\u00eetre qu&rsquo;il serait contradictoire de nous proposer la r\u00e9conciliation tout en continuant \u00e0 entretenir des relations fond\u00e9es sur l&rsquo;hostilit\u00e9, le m\u00e9pris ou la volont\u00e9 d&rsquo;affaiblir et de nuire \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons besoin de nous comprendre et d&rsquo;agir ensemble pour nous lib\u00e9rer de l&rsquo;arme. Par cons\u00e9quent, la finalit\u00e9 m\u00eame de notre r\u00e9conciliation nous fournit d\u00e9j\u00e0 un crit\u00e8re pour notre comportement : reconna\u00eetre les autres comme des participants n\u00e9cessaires \u00e0 notre lib\u00e9ration, les \u00e9couter, consid\u00e9rer leurs raisons et rechercher des accords que nous puissions accepter librement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le crit\u00e8re m\u00eame qui nous rassemble commence ainsi \u00e0 engendrer son propre ordre, par simple coh\u00e9rence avec sa finalit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous n&rsquo;avons pas besoin d&rsquo;attendre le d\u00e9sarmement mat\u00e9riel pour commencer \u00e0 entretenir de telles relations. Nous n&rsquo;avons pas non plus besoin d&rsquo;abandonner unilat\u00e9ralement notre capacit\u00e9 de d\u00e9fense, puisque nous avons d\u00e9montr\u00e9 que notre lib\u00e9ration de l&rsquo;arme ne peut se r\u00e9aliser que par un d\u00e9sarmement universel, progressif et convenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la r\u00e9conciliation commence d\u00e8s l&rsquo;Appel lui-m\u00eame, parce que celui-ci nous offre une finalit\u00e9 commune et un point de rencontre d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui reconnaissent et soutiennent cet Appel y trouvent une raison partag\u00e9e de surmonter leurs hostilit\u00e9s, d&rsquo;\u00e9tablir une communication et de commencer \u00e0 coop\u00e9rer, m\u00eame lorsqu&rsquo;ils conservent des diff\u00e9rences ou appartiennent \u00e0 des communaut\u00e9s oppos\u00e9es. Leur accord sur la finalit\u00e9 de nous r\u00e9concilier ne r\u00e9sout pas automatiquement tous leurs d\u00e9saccords, mais transforme la mani\u00e8re dont ils peuvent les aborder.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;Appel n&rsquo;est pas seulement une invitation \u00e0 nous r\u00e9unir lors de la Conf\u00e9rence mondiale de r\u00e9conciliation, de paix et de d\u00e9sarmement du 30 mai 2027. Il est aussi le commencement d&rsquo;une relation humaine que nous pouvons mettre en pratique d\u00e8s maintenant et d\u00e9velopper ensemble jusqu&rsquo;\u00e0 la Conf\u00e9rence et au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes donc parvenus au point que nous voulions atteindre. La paix ne peut se fonder sur une nouvelle imposition, mais sur notre libert\u00e9 de nous comprendre, de convenir d&rsquo;accords et d&rsquo;agir ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Pouvons-nous r\u00e9ellement le faire ? Pouvons-nous commencer \u00e0 entretenir des relations fond\u00e9es sur la concorde plut\u00f4t que sur l&rsquo;hostilit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, parce que nous pouvons reconna\u00eetre qu&rsquo;aucun de nous ne se lib\u00e8re s\u00e9par\u00e9ment de la relation arm\u00e9e et que nous avons tous besoin de la coop\u00e9ration des autres pour surmonter notre subordination commune \u00e0 celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette compr\u00e9hension ne signifie pas que nos pr\u00e9jug\u00e9s, nos craintes ou nos ressentiments, profond\u00e9ment enracin\u00e9s dans notre histoire et nos exp\u00e9riences personnelles, disparaissent soudainement. Elle n&rsquo;exige pas non plus que chacun accomplisse seul un effort extraordinaire pour s&rsquo;en d\u00e9faire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;essentiel est que notre relation commence \u00e0 se transformer par notre influence mutuelle. Lorsque nous nous reconnaissons comme participants \u00e0 une finalit\u00e9 commune, notre communication, nos d\u00e9cisions et nos comportements influencent r\u00e9ciproquement ceux des autres. La confiance, la consid\u00e9ration et la coop\u00e9ration trouvent ainsi les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 leur d\u00e9veloppement, tandis que l&rsquo;hostilit\u00e9 cesse d&rsquo;\u00eatre n\u00e9cessaire pour d\u00e9fendre notre position face \u00e0 autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre capacit\u00e9 \u00e0 nous comprendre, \u00e0 partager des finalit\u00e9s et \u00e0 agir ensemble, nous trouvons une unit\u00e9 humaine qui n&rsquo;est pas seulement une id\u00e9e abstraite. Elle se manifeste dans nos relations et se r\u00e9alise \u00e0 travers elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons appeler amour universel la disposition qui na\u00eet de cette compr\u00e9hension et de cette vie commune : ne pas souhaiter ni causer aux autres le tort que nous ne voulons pas subir et, plus encore, les traiter comme nous voudrions \u00eatre trait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n&rsquo;avons pas besoin de comprendre cet amour comme un sentiment identique envers toutes les personnes, ni comme la disparition de nos diff\u00e9rences. Il s&rsquo;exprime dans la reconnaissance que le bien-\u00eatre des autres ne doit pas n\u00e9cessairement s&rsquo;opposer au n\u00f4tre et dans la consid\u00e9ration r\u00e9ciproque que notre vie commune nous am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette orientation ne nous s\u00e9pare pas non plus de la nature. Notre vie se d\u00e9veloppe \u00e0 travers des relations d&rsquo;interd\u00e9pendance, d&rsquo;adaptation et de coop\u00e9ration avec d&rsquo;autres \u00eatres humains et avec les autres \u00eatres vivants. Comprendre notre appartenance \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 commune \u00e9largit notre responsabilit\u00e9 et notre capacit\u00e9 \u00e0 favoriser une coexistence plus b\u00e9n\u00e9fique pour tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la paix ne commence pas lorsque nous avons r\u00e9solu toutes nos diff\u00e9rences ni lorsque nous avons mat\u00e9riellement achev\u00e9 le d\u00e9sarmement. <strong>Elle commence lorsque nous reconnaissons conjointement la finalit\u00e9 de nous lib\u00e9rer de l&rsquo;arme et que nous mettons nos relations et nos d\u00e9cisions en coh\u00e9rence avec elle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sarmement universel sera la r\u00e9alisation mat\u00e9rielle de cette lib\u00e9ration. Mais la r\u00e9conciliation, qui le rend possible, commence d\u00e8s maintenant entre nous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>XI. Une conversation avec l\u2019histoire humaine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aspiration \u00e0 une coexistence humaine fond\u00e9e sur la r\u00e9ciprocit\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous les \u00eatres humains, la justice, la bonne volont\u00e9 et la consid\u00e9ration d\u2019autrui comme de soi-m\u00eame appara\u00eet dans diff\u00e9rentes traditions. Elle est particuli\u00e8rement li\u00e9e \u00e0 la tradition cosmopolite, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ceux qui pr\u00e9conisaient l\u2019unit\u00e9 ou la coexistence humaine : une mani\u00e8re de penser centr\u00e9e sur l\u2019humanit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 non seulement rel\u00e9gu\u00e9e, mais aussi occult\u00e9e par le cadre de pens\u00e9e dominant et totalisant des \u00c9tats dits nations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la tradition chinoise, nous trouvons la doctrine de M\u00f2z\u01d0, connue sous le nom de <em>politique de l\u2019Amour universel<\/em>, dont la diffusion atteignit m\u00eame une position pr\u00e9pond\u00e9rante au cours des IVe et IIIe si\u00e8cles avant notre \u00e8re. M\u00f2z\u01d0 consid\u00e8re que la simple coexistence humaine, au lieu de notre s\u00e9paration et de notre exclusion dans des \u00c9tats ou des unit\u00e9s arm\u00e9es, engendre naturellement l\u2019amour universel, comme cons\u00e9quence de la prise de d\u00e9cision inclusive et de l\u2019influence r\u00e9ciproque qui en d\u00e9coule logiquement. Autrement dit, le libre \u00e9change entre tous les \u00eatres humains a pour cons\u00e9quence que nous nous traitons les uns les autres comme nous souhaitons nous-m\u00eames \u00eatre trait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la tradition gr\u00e9co-romaine, nous trouvons \u00e9galement diff\u00e9rentes formes de cosmopolitisme ou d\u2019unit\u00e9 humaine comme solution \u00e0 notre \u00e9tat de violence et de guerre. Cette tradition fait remonter ses origines \u00e0 Socrate, condamn\u00e9 \u00e0 mort par sa polis ou son \u00c9tat pour avoir d\u00e9fendu la logique du sens commun humain face aux repr\u00e9sentations que l\u2019\u00c9tat produit n\u00e9cessairement \u2014 les \u00ab dieux de la cit\u00e9 \u00bb \u2014 pour se diff\u00e9rencier des autres, en cons\u00e9quence de l\u2019\u00e9tat de guerre dans lequel se trouvent les unit\u00e9s arm\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Socrate apparurent les Cyr\u00e9na\u00efques, les Cyniques et, plus tard, les \u00c9picuriens et les Sto\u00efciens, grands courants du monde hell\u00e9nistique et romain qui prennent pour point de d\u00e9part l\u2019humanit\u00e9, plut\u00f4t que le politique ou l\u2019\u00c9tat. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les Cyniques et les Sto\u00efciens placent au centre de leurs doctrines le concept de cosmopolitisme ou d\u2019unit\u00e9 humaine, dans lequel ils trouvent rationalit\u00e9 et sens \u00e0 la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tant le cosmopolitisme occidental que le mo\u00efsme apparaissent dans un monde largement inconnu et d\u00e9pourvu de communication, ce qui non seulement rend leurs propositions irr\u00e9alisables, mais va \u00e9galement \u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de tout \u00c9tat qui les accueille en son sein, puisqu\u2019il s\u2019en trouve affaibli dans sa lutte contre les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9flexions de l\u2019Antiquit\u00e9, \u00e9cart\u00e9es \u00e0 notre \u00e9poque par l\u2019enseignement que promeuvent les \u00c9tats, pr\u00e9sentent pour nous un int\u00e9r\u00eat particulier, car aujourd\u2019hui cette vision <strong>peut effectivement atteindre une port\u00e9e universelle<\/strong>, bien que nous vivions encore dans une organisation politique qui consid\u00e8re l\u2019\u00c9tat souverain comme le cadre principal et d\u00e9terminant de nos d\u00e9cisions collectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Je souhaite \u00e9galement proposer ici une lecture particuli\u00e8re de Cervant\u00e8s, dont l\u2019\u0153uvre a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans l\u2019origine de cette recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Don Quichotte<\/em>, les armes n\u2019apparaissent pas uniquement lorsqu\u2019elles causent un dommage physique. Leur pr\u00e9sence modifie les relations et le comportement de ceux qui se trouvent face \u00e0 elles. L\u2019arme agit donc avant son utilisation mat\u00e9rielle : sa capacit\u00e9 de causer du tort intervient d\u00e9j\u00e0 dans nos d\u00e9cisions et nos comportements.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pouvons pas reproduire les sc\u00e8nes que Cervant\u00e8s cr\u00e9e dans son \u0153uvre, mais il exprime \u00e9galement avec une extraordinaire pr\u00e9cision la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent lorsqu\u2019il met dans la bouche de ses personnages des paroles telles que \u00ab dire armes, c\u2019est dire guerre \u00bb, tir\u00e9es du <em>Discours des armes et des lettres<\/em> de Don Quichotte. Cette expression condense en quelques mots une question que l\u2019histoire humaine nous montre continuellement et dont, pourtant, nous examinons rarement les fondements.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre expression d\u2019une force singuli\u00e8re est \u00ab le ciel c\u00e8de \u00e0 la force \u00bb, qui appara\u00eet \u00e9galement dans le roman. Avec elle, notre r\u00e9flexion atteint un niveau ant\u00e9rieur \u00e0 celui des justifications politiques et juridiques. Elle nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 regarder directement la force qui intervient dans nos relations, m\u00e9diatis\u00e9es par la simple existence et la puissance de l\u2019arme, au lieu d\u2019accepter comme point de d\u00e9part les institutions et les raisonnements qui se sont d\u00e9j\u00e0 construits sous son influence.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, ces paroles ne constituent pas la d\u00e9monstration de notre th\u00e8se. Cervant\u00e8s nous aide \u00e0 voir une r\u00e9alit\u00e9, mais il appartient \u00e0 chacun de nous de l\u2019examiner par son propre raisonnement. Ce qui est d\u00e9cisif, ce n\u2019est pas l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain, mais ce que ses paroles nous permettent ensuite de reconna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jugement sur notre situation actuelle et la d\u00e9cision de la transformer nous appartiennent, \u00e0 nous, l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sur ce point, je peux te dire sinc\u00e8rement que, tout au long de ma propre recherche autodidacte, j\u2019ai trouv\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment ce \u00e0 quoi je m\u2019attendais : quelque chose de diff\u00e9rent de ce que l\u2019on m\u2019avait enseign\u00e9, et cette diff\u00e9rence indiquait constamment la direction de cet Appel \u00e0 l\u2019unit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>XII. Le Document ouvert<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Appel propose une action concr\u00e8te : ouvrir la voie \u00e0 une Conf\u00e9rence mondiale sur la r\u00e9conciliation, la paix et le d\u00e9sarmement, le 30 mai 2027.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce Document ouvert cherche \u00e0 expliquer pourquoi nous faisons cette proposition et quelles cons\u00e9quences nous pensons qu\u2019elle peut avoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ces cons\u00e9quences peuvent toucher \u00e0 la mani\u00e8re dont nous comprenons nos relations, nos institutions et notre vie commune, nous estimons que ce document ne doit pas rester enferm\u00e9 dans notre propre compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous souhaitons le soumettre au jugement humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela signifie inviter celles et ceux qui le liront \u00e0 poser des questions, signaler des contradictions, apporter des connaissances, formuler des objections, faire part de leurs exp\u00e9riences, corriger des erreurs et d\u00e9velopper des cons\u00e9quences que nous n\u2019avons pas encore per\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne recherchons pas uniquement le soutien de celles et ceux qui partagent d\u00e9j\u00e0 notre proposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9galement besoin de la participation de celles et ceux qui ne la partagent pas, pourvu qu\u2019ils soient dispos\u00e9s \u00e0 en discuter avec la volont\u00e9 de comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce document pourra donc \u00e9voluer : certaines de ses affirmations pourront \u00eatre corrig\u00e9es ou abandonn\u00e9es ; d\u2019autres pourront \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 de nouvelles preuves, recherches et contributions.<\/p>\n\n\n\n<p>Et peut-\u00eatre surgiront des questions que nous n\u2019avons pas encore su formuler.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel est pr\u00e9cis\u00e9ment le sens de ce Document ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Appel demande \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019envisager la possibilit\u00e9 du d\u00e9sarmement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce Document demande \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de nous aider \u00e0 comprendre ce que signifie r\u00e9ellement le mettre en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre point de d\u00e9part est simple :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019arme nous a oblig\u00e9s \u00e0 organiser nos relations autour de la possibilit\u00e9 de nous causer mutuellement du tort.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Notre question est tout aussi simple : <strong>Pouvons-nous nous lib\u00e9rer ensemble de cette n\u00e9cessit\u00e9 et, d\u00e8s maintenant, coop\u00e9rer volontairement et librement pour le bien commun ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et notre espoir est que, si nous pouvons le faire, nous d\u00e9couvrirons que nombre des diff\u00e9rences qui semblent aujourd\u2019hui irr\u00e9conciliables n\u2019appartiennent pas \u00e0 notre humanit\u00e9 elle-m\u00eame, mais plut\u00f4t aux conditions dans lesquelles nous avons d\u00fb apprendre \u00e0 entrer en relation les uns avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sarmement ne signifierait alors pas seulement renoncer aux armes, mais aussi avoir la possibilit\u00e9 de comprendre comment \u00e9tablir des relations entre nous sans elles. Et peut-\u00eatre, pour la premi\u00e8re fois, apprendre \u00e0 nous conna\u00eetre sans avoir besoin de nous prot\u00e9ger les uns des autres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Document ouvert explore les fondements de l\u2019Appel \u00e0 une Conf\u00e9rence mondiale sur la r\u00e9conciliation, la paix et le d\u00e9sarmement, le 30 mai 2027. Il examine comment l\u2019existence des armes conditionne les relations humaines et pourquoi le d\u00e9sarmement universel, convenu, progressif et volontaire constitue le fondement de la r\u00e9conciliation, de la paix et de l\u2019unit\u00e9 humaine. Ce document est ouvert aux questions, aux critiques et aux contributions de tous.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11849,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"off","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[],"tags":[82,88,90,87,85,86,91,84,83,89],"class_list":["post-11876","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","tag-appel-2027","tag-conference-mondiale-pour-la-paix","tag-desarmement-universel","tag-document-ouvert","tag-jugement-humain","tag-mouvement-pour-lunite-humaine","tag-paix","tag-reconciliation","tag-relations-humaines","tag-unite-humaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11876","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11876"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11876\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11877,"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11876\/revisions\/11877"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11849"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11876"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11876"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/human-unity.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11876"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}